Le fantasme d’éveil

Photo by Tim Easley - Et la lumière fut sur le fantasme d'éveil

Décidément, vous allez vous dire que j’aime trop les fantasmes ! Mais je vous préviens, celui-ci est un peu différent, car il s’agit d’un fantasme… spirituel. J’ai l’impression que, de nos jours, de plus en plus de personnes s’intéressent à la spiritualité sous une forme ou sous une autre. À travers des stages ou des lectures de développement personnel, nous sommes encouragés à nous éveiller. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Et qu’est-ce qui se passe, après l’éveil ? Et si finalement cet objectif était un mirage, un leurre, une oasis inatteignable ? Après quoi courons-nous, alors ?

D’abord, la course au bonheur

Pour commencer, il y a cette idée que nous nous faisons du bonheur : un état durable de tranquillité, de contentement et de plaisir, que nous devons pourchasser partout et de toutes les manières possibles.

Ce bonheur idéal, je l’ai évidemment cherché dans tous les sens, comme tout le monde. J’en suis revenue lasse et désabusée. Frustrée et en colère, même.

J’ai longtemps cru dur comme fer que j’allais être définitivement heureuse et contentée en possédant tel objet, en atteignant tel objectif, en fréquentant telle personne. Quand j’aurai acheté ceci, quand j’aurai fini cela, quand j’aurai déménagé, quand j’aurai telle somme sur mon compte en banque, quand tout sera parfait, alors je serai heureuse pour toujours. C’est sûr et certain.

Pfff. mais ça ne marche pas comme ça, en vrai. Le bonheur n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas une destination. Il n’est pas durable, il ne s’installe pas dans notre vie avec toutes ses valises. Il se cultive, sur les mêmes bases que l’éveil. Tiens, tiens…

Puis l’éveil à tout prix

Encore mieux que le bonheur, l’éveil est désormais l’objet de toutes les quêtes – du moins pour les personnes un tant soit peu attirées par la spiritualité. Mais cette poursuite repose sur le même principe que celle du bonheur, et nous avons tendance à penser qu’une fois que nous serons éveillés, tout ira bien pour toujours dans notre vie.

Nous aurons atteint la sérénité, l’équanimité et la joie profonde dans un cœur ouvert.

Well, nice program. Where do I sign?

C’est donc à grand renfort de lectures, de coachings, de séances de méditation, de postures de yoga, de retraites solitaires, de rituels chamaniques, de voyages lointains, de rencontres avec des gourous plus ou moins homologués… que nous nous lançons dans notre « chantier d’éveil » personnel.

Rien de mal à cela, vous savez à quel point je suis attachée à cette idée que nous pouvons tous évoluer, pour le plus grand bénéfice de l’humanité et de la planète.

Mais… quatre choses peuvent nous manquer sur ce chemin :

  • La simplicité, lorsque nous nous montons le bourrichon avec tout un tas de beaux principes, de théories élaborées et de rituels compliqués. On puise par-ci par-là, on multiplie les techniques, on se cherche un gourou ou un mentor puissant, on adopte un jargon aussi tarabiscoté qu’opaque… Résultat : trop infatués de nos connaissances, nous n’en appliquons concrètement aucune dans notre existence ! Or, l’éveil ne s’embarrasse pas de tralalas ésotérico-mystico-théologique. Ce qui compte, c’est de vivre sa pratique de manière aussi intègre que possible.
  • La lucidité, lorsque nous nous croyons déjà arrivés au sommet de l’échelle en deux temps, trois mouvements. Quand nous manquons de lucidité au sujet de notre progression, nous estimons que nous n’avons plus rien à apprendre, tout va très bien, merci. En réalité, nous n’avançons pas d’un iota et nous sommes à la merci du moindre courant d’air. Si une épreuve nous tombe dessus, pouf, notre belle bulle pseudo-spirituelle éclate, et nous voilà revenus au point de départ, quand ce n’est pas encore plus bas. Méfiance, donc…
  • L’humilité, lorsque nos progrès nous remplissent d’orgueil et que nous nous sentons au-dessus des autres parce que nous avons compris une infime partie de ce qu’il nous reste à comprendre. Qu’on se le tienne pour dit, à côté de nous, le Bouddha, c’est un bleu. Vous voyez le tableau ? Donc, si d’aventure vous vous posez la question « Miroir, mon beau miroir, suis-je le/la plus éveillé.e ? », c’est que la réponse est non. Désolée.
  • La patience, lorsque nous réclamons la récompense immédiate de nos efforts, cette illumination, ce nirvana merveilleux qui nous attire tant. Nous voici tel un petit enfant qui tape du pied et fait un gros caprice :
    – Veux ça ! Veux ça ! VEUX ÇA !
    – Non. Parce que tu l’as déjà.
    – ?!?

Spoiler : nous ne pouvons pas obtenir ce que nous avons déjà en nous, bien dissimulé, recroquevillé en silence dans le secret de notre âme (ou de notre cœur, personne n’est encore certain de la localisation)…

Et toujours aucun miracle à l’horizon

Et soudain, c’est le drame : nous réalisons que tout a changé, rien n’a changé. Nous prenons conscience que, même si nous atteignons un jour l’état d’éveil, nous resterons humains et mortels quoi qu’il arrive. Il n’y a ni toute-puissance ni superpouvoirs au bout du chemin. Il n’y a ni ailes blanches ni auréole à l’horizon. Que couic.

Il n’y aura pas de miracle. Nous serons toujours traversés par des humeurs et des émotions, agréables ou désagréables. Il y aura toujours des épreuves sur notre chemin : deuils, conflits ou simples contrariétés. Nous devrons toujours nous confronter à nos douleurs physiques, nos manques, nos limites et nos peurs. Nous aurons toujours à affronter la stupidité du monde, son injustice, sa laideur. Toutes ses horreurs.

Alors, tout ça pour ça ?!?

La quête se poursuit à l’intérieur… 

Mettons-nous bien d’accord : il n’y a pas de « cette fois, ça y est » une bonne fois pour toutes. Rien n’ira jamais parfaitement bien. Et ça, ça ne changera pas.

Ce qui peut changer, c’est la réponse que nous apportons aux questions que nous pose la vie. Notre manière de réagir aux évènements. Notre capacité à mieux accepter ce qui est, ce qui se passe à chaque instant. Notre façon de nous fondre dans le moment présent.

La vie est un processus éternellement changeant. C’est pourquoi il nous faut tous les jours remettre notre âme sur le métier, choisir le chemin de la conscience et viser la sagesse. Qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il fasse jour ou nuit dans notre cœur, que nous naviguions avec aisance ou que nous buttions contre des récifs acérés.

Cheminer vers la sagesse (éveil ou pas éveil à la clé), c’est regarder la vie avec davantage de curiosité et se lever le matin en se demandant : « Que vais-je apprendre aujourd’hui ? » plutôt que : « Qu’est-ce qui va encore me tomber sur la gueule pendant cette foutue journée ? »

Et, waouh, il nous reste toujours quelque chose à apprendre, il y a toujours une nouvelle voie pour évoluer et grandir.

Au travail, belles âmes 🙂

Recherchez-vous l’éveil ? Voulez-vous être une personne spéciale, bénie des dieux ? Ou souhaitez-vous simplement accueillir la vie avec le plus de sagesse possible ? Où en êtes-vous dans votre cheminement ?