Livres pour réfléchir dans tous les sens

Photo by Lacie Slezac - Lire et réfléchir dans tous les sens

Je n’avais pas prévu d’introduire mon article comme ça, mais après ce qui s’est passé aux États-Unis hier, on ne peut plus nier que quelque chose ne tourne pas rond et que nous courons tous à notre perte – certains avec un grand sourire aux lèvres. Les problèmes posés sont nombreux, mais tous reliés entre eux, qu’on le veuille ou non : politiques avides de pouvoir, économistes de plus en plus déconnectés de la réalité, industriels prêts à tout pour continuer à faire du profit, inégalités sociales, pollution, érosion de la biodiversité, catastrophes naturelles, terrorisme, manipulation de l’opinion publique… C’est une réalité angoissante, mais aussi un challenge : va-t-on réussir à renverser la vapeur et à construire une société plus juste, plus respectueuse, plus chaleureuse ? Peut-être, si on réfléchit dans le bon sens et si on agit tous ensemble. Petite sélection de livres pour agiter nos neurones et avancer dans nos prises de conscience.

Sapiens, Une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari, retrace l’histoire d’Homo sapiens à travers les révolutions cognitive, agricole et scientifique. Cet essai remet en question notre « suprématie » et nous confronte à nos croyances, les plus ancestrales comme les plus modernes. Selon l’auteur, nous avons inventé de toutes pièces des dieux, des lois, des États, des cultures… en gros, tout un tas de mythes qui lient nos sociétés entre elles, mais qui n’ont aucune réalité physique. L’argent lui-même, dans une société au capitalisme dérégulé comme la nôtre, est une donnée essentiellement virtuelle. La réflexion de Yuval Noah Harari, qui couvre avec brio de nombreux champs, dont la perspective de l’amortalité, se conclut par une question : « Que voulons-nous vouloir ? » Sapiens, qui a déjà détruit de nombreuses espèces animales et végétales, doit se la poser très sérieusement s’il ne veut pas disparaître à son tour…

Les Créatifs Culturels : l’émergence d’une nouvelle conscience *, d’Ariane Vitalis, est consacré à ces personnes qui ont une vision globale de toutes les crises actuelles : économique, écologique, spirituelle. Les Créatifs Culturels comprennent que tout est lié et tâchent d’agir à leur niveau en s’engageant localement. Ils prennent leur « responsabilité individuelle » et proposent un nouveau paradigme : construire une société articulée sur des valeurs collectives comme l’autonomie, la convivialité, l’écologie, la solidarité, etc. Encore marginaux et souvent mal compris, les Créatifs Culturels portent pourtant un espoir pour le reste de la société.

Dans Media crisis *, de Peter Watkins, on découvre à quel point l’industrie des médias audiovisuels répond à des codes très précis pour relayer son message et manipuler (sciemment ou non) l’opinion et les individus. Découpée en petites tranches temporelles, la proposition formatée des médias audiovisuels nous abrutit et nous empêche d’utiliser notre sens critique. En effet, nous avons tendance à penser que, si c’est « vu à la télé », alors c’est que c’est vrai. Or, les images, les sons et les mots que nous absorbons sont montés de façon à soutenir au mieux le discours dominant, comme une propagande insidieuse menée par des professionnels du secteur audiovisuel pas toujours conscients de leur « endoctrinement ». Et nous, pour la plupart, nous mordons à l’hameçon. Sans recul.

Ce qui nous amène maintenant à la question de numérique, avec L’homme nu, de Marc Dugain et Christophe Labbé, et Internet : ce qui nous échappe *, de Coline Tison. Ces deux livres partagent le même constat sur internet, à savoir que cette toile magique et attrayante est également pleine de pièges et cache une réalité sombre. Énergivore et gouverné par les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), internet ne respecte ni la planète ni notre vie privée. Les Big Datas nous surveillent et caressent l’ambition de contrôler tous les pans de notre vie : il n’y a qu’à voir le nombre d’objets connectés disponibles sur le marché actuellement. D’après vous, à quoi servent les données soigneusement collectées dans les data centers ? Si vous ne le savez pas, je vous encourage à vous renseigner d’urgence. Il reste toutefois une touche d’optimisme, apportée par Coline Tison : internet permet à de nombreuses personnes de communiquer et de partager des savoir-faire et des idées qui peuvent changer le monde. Alors n’oublions pas de nous en servir dans ce sens !

L’Upcycle, Au-delà de la durabilité *, de William McDonough et Michael Braungart, pose un regard optimiste sur notre future croissance. Les auteurs la conçoivent verte, durable et bénéfique, grâce à des pratiques industrielles nouvelles : sélectionner des matières non toxiques dès le départ, optimiser chaque étape de production et de distribution, coupler normes écologiques et valeurs humaines, recycler à l’infini chaque marchandise (principe du Cradle to Cradle)… Si des solutions dans ce sens existent déjà et semblent prometteuses, n’attendons toutefois pas que les industriels se mettent tous à l’upcycling ni que les politiques votent des lois dans ce sens pour agir de nous-mêmes et changer notre manière de consommer !

D’ailleurs, Niko Paech nous encourage à décroître dans Se libérer du superflu *, un ouvrage aussi court que secouant. L’auteur propose de construire enfin une société de post-croissance, dans laquelle nous limiterions volontairement nos besoins afin de cesser de saccager les ressources naturelles. Voyages lointains, smartphones, gadgets technologiques, voitures, consommation pléthorique et même croissance verte n’ont aucun sens. L’argument majeur de l’auteur est qu’il « n’existe pas de technologies ni d’objets durables en soi : seuls les modes de vie peuvent l’être ». Ainsi, « la réduction et la sobriété dans l’action ont le charme de se passer de capital, d’innovations et de réforme politique » car « le plus pur délaissement est disponible partout, sans contrepartie et sans délai ». J’ai trouvé très intéressant de lire ces deux livres aux théories si radicalement opposées, et j’avoue que je partage davantage la vision de Niko Paech – un pessimisme critique légèrement teinté d’espoir.

Avez-vous lu, ou avez-vous envie de lire, un ou plusieurs de ces livres ?

* Livres reçus en service de presse