Tolérance, critique, jugement : où en est-on ?

Photo by K - Le jugement sépare les gens et nourrit la violence

Après avoir réfléchi sur la bonne conscience, je me devais d’aborder la question de la tolérance et du jugement. Parce que voilà, quand on commence à réfléchir sur certains sujets, on a vite fait de prendre ceux qui ne pensent pas comme nous pour des abrutis, des inconscients ou des cons obtus. D’ailleurs, même quand on ne réfléchit jamais sur rien, on peut faire preuve d’une belle intolérance ! Pourtant, il existe d’autres options plus constructives. Allons les explorer ensemble.

On peut tout critiquer…

Lorsque j’étais plus jeune, un de mes passe-temps préférés était de critiquer les autres. J’avais toujours du sucre à casser sur le dos de quelqu’un. Pourtant, je me considérais comme une personne respectueuse et tolérante, notamment parce que je n’étais pas raciste comme certains membres de ma famille, et parce que je ne stigmatisais pas les personnes « différentes ».

En revanche, les imbéciles et les beaufs prenaient cher. Eux et toutes les personnes dont les paroles et les actes me semblaient trop éloignés de ce qui se passait dans ma petite tête bornée.

Ce qui faisait beaucoup de monde, au final.

Aujourd’hui, j’ai révisé mes critères. Je m’efforce d’avoir moins de jugements et de critiques à la bouche. Je tente de comprendre pourquoi certains individus pensent et agissent comme ils le font, alors que cela va à l’encontre de tout bon sens (selon moi).

Parce que finalement, on peut tout critiquer. Les gens qui tentent de résoudre les problèmes comme ceux qui les provoquent. Ceux qui agissent et ceux qui subissent. Ceux qui sont à cheval sur les principes et ceux qui ont les principes à cheval sur eux.

Ceux qui ont tort et ceux qui ont raison (et inversement).

… ou tout voir sous un autre angle

On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et si on méditait vraiment sur cet adage ? Je doute qu’il y ait beaucoup de choses qui aient été inventées précisément dans le but de nuire aux gens ou à la planète. Mais tout peut dériver, même une bonne idée.

Par exemple, le national-socialisme et le communisme, qui ont fait des millions de morts au siècle dernier, partaient pourtant d’une impulsion positive, tournée vers le bien du plus grand nombre. Idem pour les engrais, les pesticides, les OGM et même le nucléaire. Tout cela était vu comme un progrès, une manière de réduire les inégalités, d’éviter la famine, d’adoucir les conditions de vie du peuple, etc. Après coup, il devient facile de critiquer, mais sur le moment, dans le tourbillon du progrès, de l’euphorie ou de l’urgence, on ne voit pas toujours suffisamment loin.

Donc, selon le point de vue adopté, on peut toujours trouver à redire sur tout et tout le monde. C’est pourquoi il est nécessaire de prendre un peu de recul.

(Première parenthèse : notez bien que je n’essaie pas d’excuser les crimes commis sous les régimes nazi et communiste. J’espère que vous comprenez que ce n’est pas cela mon propos.)

(Deuxième parenthèse : vous imaginez ce que serait le monde si on parvenait vraiment à tirer des leçons du passé tout en réfléchissant posément sur le futur ?)

Tout est en nous, l’ombre comme la lumière

Si nous revenons à l’échelle individuelle, quand nous jugeons les autres, quand nous les blâmons et quand nous campons sur nos certitudes :

  • nous ne faisons pas l’effort de nous rapprocher d’autrui ni de le comprendre,
  • nous accentuons les clivages de toutes sortes,
  • nous perdons une occasion de voir la vie sous un autre angle,
  • nous nous comparons (à notre avantage) pour nourrir notre sentiment (illusoire) de supériorité (illusoire),
  • nous entretenons un système qui nous nuit à tous.

Parallèlement, même si nous étions les personnes les plus vertueuses du monde, il y aurait toujours quelqu’un pour désapprouver nos choix, parce que nous sommes tous concernés par la critique, la médisance et l’intolérance.

Chouette ambiance !

Il suffit pourtant de se rappeler que chaque individu possède sa part d’ombre et de lumière. Certains apportent plus d’ombre que de lumière au monde, c’est douloureusement vrai, mais chacun chemine à son rythme. Certains changent et évoluent, d’autres non – en tout cas pas dans cette vie.

Tout ça pour dire qu’il y aura toujours des abrutis, des inconscients et des cons obtus pour nous faire sortir de nos gonds. Mais avec un petit effort (de notre part), ils nous pousseront à cheminer vers le meilleur au lieu de nous faire désespérer de l’humanité…

Et vous, vous jugez ou vous vous abstenez ? Comment réagissez-vous quand vous rencontrez des personnes qui piétinent vos valeurs ? Réfléchissez-vous de temps en temps à d’autres points de vue que les vôtres ?