Moi, Nadège G., 35 ans, surdouée, autiste Asperger

Photo by BP Bricklayer - Être un zèbre ne signifie pas être anormal

Je publie ce témoignage suite à la lecture de plusieurs articles récents de blogueuses que je suis, et qui se torturent plus ou moins à cause de leur différence. Ces blogueuses se reconnaîtront, je pense, mais c’est à chacune de choisir si elle peut piocher quelque chose ici (ou pas). Je ne fais pas de diagnostic sauvage, mettons-nous d’accord 🙂

Que toutes celles et ceux qui se sentent comme des extraterrestres sur cette planète lèvent la main ! Clairement, c’est mon cas. Depuis toujours et chaque jour. Parce que je suis surdouée et autiste Asperger. C’est dit. Maintenant, si vous croyez qu’une personne possédant un haut potentiel intellectuel est prétentieuse et boursouflée par son savoir, révisez votre opinion. Si vous pensez qu’une personne avec autisme devrait avoir honte et courir se faire soigner pour devenir « normale », révisez votre opinion. Je vous propose plutôt de découvrir ce que ces différences impliquent, puis de les nommer afin de les accepter.

HPI, SA… SOS !

J’ai été diagnostiquée surdouée vers 10 ou 11 ans. À l’époque, la surdouance n’était pas très bien étudiée. Quand ils avaient de la chance, les enfants remarqués pour leur précocité passaient un test, mais personne ne les aidait à mieux comprendre leur différence et à mieux grandir avec.

C’est ainsi que j’ai grandi en occultant totalement cette partie de moi. Vu mon intelligence, on attendait de moi de bonnes notes à l’école, et on me prédisait un brillant avenir et un bon emploi. J’allais faire comme tout le monde, mais en mieux. C’était plus ou moins ça le deal.

Aussi, quand je me suis retrouvée vendeuse, puis chômeuse, puis vendeuse… il a été beaucoup plus difficile de continuer à croire que mon intelligence faisait une différence. J’ai perdu confiance. Il y avait d’ailleurs bien longtemps que j’avais oublié ma surdouance. Si j’avais été un tant soit peu précoce enfant, désormais l’écart s’était comblé avec les autres, et j’avais même perdu du terrain. C’est du moins ce que je pensais.

Dans ma vie quotidienne, j’étais contrainte de faire semblant d’être comme les autres, tout en sentant que non, décidément, quelque chose ne collait pas. Je ne pensais pas pareil. Je ne réagissais pas pareil. J’étais maladroite en société, peu à l’aise, vite fatiguée par les interactions humaines. Je m’ennuyais vite dans n’importe quel emploi…

Comme je ne savais pas nommer ce qui « clochait » en moi, je me reprochais d’être anormale. Défectueuse. Nulle. Inadaptée. Bizarre. Stupide. Complètement névrosée. Je pensais que j’étais une erreur, une anomalie, une ratée. Forcément, mettez-vous à ma place : j’étais incapable de m’intégrer, de me fixer, de vouloir ce que tout le monde autour de moi semblait vouloir : un travail stable, une alliance au doigt, une maison en dur, des enfants et un chien. Avec quelques vacances exotiques, une multitude de soirées débridées et un passage dans un jeu télévisé pour pimenter le tout. Et rien d’autre au bout. Rien.

Putain.

QI = OK, QE = KO

À quel point je me suis torturée à vouloir être « normale » !

À quel point j’ai souffert de ne rien comprendre aux autres, d’être pleine de pourquoi, de me sentir à part…

En 2015, au printemps, mon compagnon a rapporté à la maison un livre sur la surdouance, au milieu d’un lot de romans et d’essais. Intriguée, j’ai lu ce livre et je me suis reconnue (presque) dans les moindres détails. J’ai pu me souvenir de qui j’étais : une surdouée qui n’a pas été accompagnée, dont les particularités mentales et sensorielles n’ont pas été « validées » mais plutôt « pathologisées » par tous les foutus médecins et psys que j’avais pu consulter afin « d’aller mieux ».

Mais ce n’était pas terminé. Un autre élément manquait à mon puzzle.

Fin 2016, j’ai déniché un livre sur l’Asperger au féminin et je l’ai lu, encore une fois par curiosité. Quelque chose en moi a remué. J’ai creusé et j’ai découvert les vidéos de Julie Dachez, notamment celle-ci et celle-ci. Là encore, j’ai reconnu beaucoup de mes fonctionnements et approfondi ma découverte de moi-même. J’ai réussi à mettre des mots sur ma différence fondamentale – une différence neurologique, pas psychologique.

Je précise qu’il s’agit dans ce cas d’un autodiagnostic, pas d’un diagnostic médical officiel. Ce dernier prend du temps, le chemin en est pénible. Or, présentement, je suis occupée à beaucoup d’autres choses, je suis dans un bon élan. Je n’ai pas envie de me heurter à un psy obtus qui risque de me faire perdre confiance en moi en me renvoyant dans les cordes du doute. Je suis sûre à plus de 95 % d’être autiste. Cela me suffit pour le moment.

WTF IRL !

Grâce à la lecture de plusieurs livres, j’ai pu relier les points de mon parcours tortueux, apprivoiser mon fonctionnement et accepter que mon lot est de sentir/entendre/percevoir ce que personne d’autre ne sent/entend/perçoit avec la même acuité que moi.

Car je ne suis pas sensible pour emmerder le monde. Je ne suis pas sensible pour faire mon intéressante. Je suis sensible parce que neurologiquement je ne suis pas câblée pareil. Donc, si les stimulations du monde extérieur m’envahissent trop et que je pète un plomb parce que je ne peux pas les gérer, ce n’est pas ma putain de faute.

Quant à mon intelligence, si elle cherche toujours du grain à moudre, elle ne m’empêche pas de dire des bêtises ou de me tromper. Et elle ne s’étend pas non plus à tous les sujets – les mathématiques et les sciences me restent en grande partie hermétiques, par exemple. Oubliez cette légende du petit prodige qui, chaque fois qu’il ouvre le bec, nous réinvente la théorie de la relativité – en vers rimés s’il vous plaît. Un surdoué peut très bien passer inaperçu s’il le souhaite, ou même jouer à l’imbécile s’il est mal à l’aise avec sa surefficience mentale.

CQFD

Je sais qu’il faut se méfier des étiquettes que l’on se colle sur soi. Je sais qu’il ne faut pas se figer dans une identité plus ou moins pathologique (anorexie, autisme, bipolarité ou autre). Je sais aussi que me qualifier de surdouée et d’aspie ne me résume pas. Je suis bien plus que cela.

Mais poser le doigt sur mes particularités fondamentales, je le répète, a été un véritable soulagement pour moi. C’était le début de l’acceptation. Là où je me rejetais violemment, là où j’avais honte d’être moi, là où je me sentais totalement déconnectée des autres, j’ai pu commencer à me réconcilier avec moi-même.

Aujourd’hui, je peux déposer les armes. Lâcher prise sur ce que je ne peux de toute façon pas changer. Je peux cesser d’imiter désespérément les autres pour m’intégrer, parce que je commence à être capable de m’aimer telle que je suis. Il n’y a rien qui cloche en moi, rien à réparer, rien à médicamenter.

Rien à ajouter ni à retrancher.

P.-S. :

Si vous souhaitez vous documenter sur ces sujets, voici quelques idées de lecture :

  • Liberating everyday genius, de Mary-Elaine Jacobsen : non traduit en français, ce livre est pourtant une excellente référence pour apprivoiser son HPI (haut potentiel intellectuel).
  • L’adulte surdoué – Apprendre à faire simple quand on est compliqué, de Monique de Kermadec : un classique.
  • Je pense trop, de Christel Petitcollin : une analyse très fine de la surdouance adulte. À faire suivre de Je pense mieux * et de Pourquoi trop penser rend manipulable *, pour encore mieux comprendre comment les surefficients fonctionnent et quels écueils ils doivent éviter.
  • L’Asperger au féminin, de Rudy Simone : un classique, écrit par une aspergirl pour les aspergirls (et leurs parents).
  • Asperger et fière de l’être *, d’Alexandra Reynaud : un témoignage pour se familiariser avec l’autisme et comprendre l’importance de se faire diagnostiquer – même si c’est un long périple. (OK, OK, un jour j’y passerai.)
  • Je suis à l’est !, de Josef Schovanec : un autre témoignage sur l’autisme, cette fois-ci au masculin (et avec humour).
  • Hypersensibles *, de Saverio Tomasella : un livre précieux pour apprivoiser cette hypersensibilité qui va souvent (mais pas obligatoirement) de pair avec la surefficience et/ou l’autisme…
  • How to be everything, d’Emilie Wapnick : pour les HPI qui ont de multiples passions et souhaitent les combiner pour enfin cesser de s’emmerder au travail. (Oui, je connais bien le sujet.)

P.-P.-S. : B U (ASAP) <3

* Livres reçus en service de presse