À la recherche du corps perdu #2

Photo by Engin Akyurt - Corps noué et muet

Hier matin, j’ai eu ma sixième séance de Mézières. Depuis la première séance, je ne peux pas dire que j’ai beaucoup avancé ni que mes tensions se sont envolées comme par magie. Mais mon corps continue de parler, et moi de l’écouter – ce qui est déjà un progrès notable.

Ce que j’ai du mal à entendre

Dès ma première séance, la kiné m’a laissé des « devoirs » à faire chez moi chaque jour. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais les premières fois que je m’y suis attelée, c’était douloureux et désagréable. Je n’ai pas insisté, j’ai préféré laisser passer quelques jours avant de réessayer.

Je pensais être prête à travailler avec mon corps, quitte à accepter un peu d’inconfort. Au lieu de ça, je constate que je préfère tout faire pour éviter la moindre sensation désagréable.

Quitte à me sentir ni trop bien, ni trop mal… juste comme d’habitude.

Quitte à marchander encore un peu de temps… et à en perdre beaucoup.

J’ai dû accepter de faire remonter des souvenirs pénibles à ma conscience, puis j’ai commencé à déblayer la colère que je ressentais envers moi, faible créature qui renâcle devant le moindre obstacle.

Cela commence à aller un peu mieux. Je ne fais pas mes exercices tous les jours, mais je tâche d’être régulière et ils deviennent ainsi de plus en plus faciles, de plus en plus évidents.

Ce sont de nouvelles habitudes qui émergent… chacune en leur temps.

Le secret chuchoté des mouvements impossibles

Séance après séance, je découvre de nouveaux exercices. Je me retrouve dans de curieuses positions, forcée de conscientiser mes mouvements et mes ressentis. Lorsque je suis incapable d’effectuer certains exercices, cela me frustre énormément. Cela me rappelle les cours de sport au collège et au lycée, quand j’étais la grosse nunuche de service. Happy memories!

La kiné m’a cependant rassurée en m’expliquant que tout apprentissage se déroule comme suit :

  • Tout d’abord, nous sommes inconsciemment incompétents. Nous ignorons que nous ne sommes pas capables de faire telle ou telle chose, car nous n’avons jamais essayé. On ne sait pas qu’on ne sait pas.
  • Lorsque nous essayons de faire cette chose, nous réalisons que nous en sommes incapables, et nous devenons consciemment incompétents. Nous connaissons désormais nos limites et pouvons consciemment tâcher de les dépasser. On sait qu’on ne sait pas.
  • Avec un peu d’entraînement et un bon apprentissage, nous pouvons réussir à faire cette fameuse chose, et ainsi devenir consciemment compétents. On sait faire, et on sait qu’on sait faire. Yeah.

Ce processus, personne ne me l’avait jamais présenté sous cet angle. Au lieu de me fâcher contre ma maladresse, je dois plutôt me donner le temps d’intégrer ce que j’expérimente pendant les séances. C’est extrêmement décomplexant, non ?

Pour entendre, il faut écouter…

Ma kiné m’interroge à longueur de séance pour savoir où j’en suis, là-dedans. À ma grande surprise, il me devient de plus en plus facile de verbaliser mes sensations – et surtout, d’en être consciente.

J’ai l’impression de revenir lentement habiter mon corps. Petit à petit, j’arrive à ouvrir le dialogue avec lui. Oh, ce n’est pas gagné. Je vous ai dit au début de cet article que je suis toujours aussi tendue, preuve que j’ai encore besoin de travailler, de m’entraîner.

Je vais donc continuer comme ça, avec des hauts et des bas, des dents serrées et des petites victoires intérieures. Il me reste quatorze séances pour cela.

Affaire à suivre !

Que vous raconte votre corps ? Êtes-vous prêt.e à l’écouter ou préférez-vous le réduire au silence ? Prenez-vous le temps d’intégrer vos expériences à travers lui ?