Nos angles morts

Photo by Rob Sarmiento - Nos angles morts

Sur le chemin semé de nids-de-poule et de jolis galets de notre développement personnel, il nous faut compter avec quelques créatures rampantes. Je parle de la partie immergée de notre être, tout ce qui remue dans notre inconscient et que nous préférons soigneusement occulter. Bref, nos angles morts…

Des mécanismes de sabotage bien rodés

Il y a celle qui tombe toujours sur des salauds. Il y a celui qui se retrouve toujours isolé au travail. Il y a ce couple qui se dispute toujours de la même façon, toujours pour la même raison. Il y a celle qui collectionne les hospitalisations et les maladies improbables. Il y a moi, qui répète sans arrêt le cycle job frustrant / chômage depuis le début de ma vie active, il y a quinze ans (!)

On peut s’en vouloir de répéter toujours les mêmes erreurs, mais il sera compliqué de briser le cercle vicieux si on ne comprend pas ce qui se cache derrière. Pour cela, il faut partir explorer nos grouillants abysses intérieurs, l’endroit effrayant où se cachent toutes les choses que nous ne voulons pas savoir – youpi 😀

Tout est bien rodé dans notre inconscient. Il s’exprime sans arrêt à travers nos pensées, nos paroles et nos comportements, même quand nous croyons effectuer nos propres choix. Il agit en fonction de ce qu’il connaît et, surtout, de ce que nous avons enregistré comme « vrai » pour nous depuis notre naissance (et même avant, selon certaines sources).

Et pouf, nous sabotons notre relation amoureuse ou nous collectionnons les mufles. Nous enchaînons les problèmes de santé. Nous repoussons les autres sans nous en rendre compte, juste pour confirmer que nous ne sommes pas dignes d’intérêt. Ou bien nous ajournons éternellement notre succès, parce que… nous croyons que nous ne méritons pas de réussir 🙁

Il n’y a pas pire blocage qu’un blocage que l’on nie

Il y a des gens qui passent leur vie à répéter les mêmes erreurs, mais qui ne se posent jamais de questions et accusent la fatalité. Ils scellent un solide couvercle en fonte sur leurs problèmes et continuent à agir tout pareil, mais en espérant obtenir un résultat différent. Ils tournent en rond.

– Tu te rends compte que ton nouveau mec ressemble aux trois précédents ?
– Mais n’importe quoi ! Avec lui, ça va marcher, j’en suis sûre. On est tellement bien ensemble… Les cons, c’est du passé !
Couvercle.

– Ce serait peut-être bien que tu réfléchisses à ton rapport à l’argent, tu ne crois pas ?
– Je suis au-dessus de ces tristes considérations.
– Oui, mais tu es toujours fauché…
– Attends un peu, la chance va me sourire, cette fois. J’ai une idée qui peut pas rater !
Couvercle.

– Tu as l’impression d’avoir changé ? Excuse-moi, mais je ne constate aucune évolution… Au lieu de te réfugier dans ta pensée magique, tu devrais plutôt regarder en face ce qui ne va pas, pour pouvoir agir dessus.
– J’ai dépassé ce stade, je te dis ! Je vais quand même pas revenir en arrière fouiller dans mes vieux déchets ! Tout va de mieux en mieux, pourquoi tu veux me pourrir la vie avec tes faux problèmes ?
Couvercle.

Alors, oui, nous pouvons mettre un couvercle sur tout ce qui nous enquiquine et nous fait souffrir. Le fait est que cela ressortira quand même un jour. La pression fera sauter le couvercle et là… dommage.

Parce que quand ça nous pète à la gueule, c’est pas beau à voir…

Rencontrer ses angles morts au détour du quotidien

Comme notre vision de nous-mêmes est incomplète et encrassée par des filtres récoltés tout au long de notre histoire, nous entretenons des biais de raisonnement et de perception. Ces derniers représentent notre « connu », et nous avons du mal à les lâcher car nous avons peur de l’inconnu. Malheureusement, ces biais nous fragilisent et alimentent nos angles morts, nous ramenant systématiquement aux mêmes écueils.

Il est difficile de repérer nos angles morts simplement en réfléchissant dans notre coin, mais nous pouvons glaner des indices précieux à travers nos interactions avec les autres et en observant notre façon de vivre. Nous pouvons donc alterner des temps d’introspection et des temps d’observation afin de mettre en lumière ce qui est caché :

  • Qu’y a-t-il derrière nos comportements habituels ? Quels schémas se répètent ad nauseam dans notre vie ? À quoi ne voulons-nous pas faire face ?
  • Que racontent sur nous notre physique, notre posture, notre façon de nous habiller et de prendre soin (ou pas) de nous ? Que racontent sur nous nos paroles, nos tics de langage et nos ruminations mentales ? Que racontent sur nous nos actions, nos habitudes et nos comportements automatiques ?
  • Que racontent sur nous notre entourage et les personnes que nous fréquentons ? Que racontent sur nous l’ordre (ou le désordre) qui règne chez nous, notre décoration et notre manière d’entretenir (ou pas) notre intérieur ? Que racontent sur nous nos loisirs, le contenu de nos appareils numériques et celui de notre bibliothèque ?
  • Est-ce que tous ces récits ont un point commun ? Serait-il possible qu’ils symbolisent ou reflètent les problèmes que nous rencontrons sans arrêt ?
  • Maintenant que nous avons pris conscience de ces choses, est-il possible de faire les modifications – physiques et non physiques – qui s’imposent ?

Reconnaître les indices extérieurs de nos angles morts est peut-être la meilleure manière de briser nos schémas limitatifs et nos cercles vicieux pour enfin avancer… Qu’en pensez-vous ?