Pour un DIY raisonné

Photo by Pexels - Pour un DIY raisonné

Le Do It Yourself a le vent en poupe depuis déjà plusieurs années. Mais a-t-on respecté l’esprit originel du mouvement, c’est-à-dire son côté débrouille, économique et manuel ? Pas sûr… Une certaine confusion s’est installée dans l’univers du fait-main et, quand je vois tout ce qu’on cherche à nous vendre, je me dis qu’on est passés du côté consumériste de la force. Mais alors, comment adopter un DIY raisonné ?

Ce qu’est le DIY, ce qu’il n’est pas

À l’origine, l’être humain faisait tout de ses propres mains et devait inventer des solutions astucieuses pour faire face aux problèmes du quotidien. Jadis, presque tout le monde savait réaliser quelque chose de ses mains, que ce soit en cuisine, aux champs, à la maison ou au travail. Chacun utilisait son propre matériel et économisait soigneusement ses ressources. Le gaspillage n’était pas toléré.

Encore récemment, du temps de nos parents ou de nos grands-parents, il était encore courant d’avoir recours au « système D » pour fabriquer et/ou réparer ses vêtements, ses outils, ses jouets, ses ustensiles du quotidien, etc. On devait tirer parti de ce que l’on avait sous la main et, encore une fois, éviter de gaspiller l’argent, le matériel, l’énergie, etc. Le concept de « faire soi-même » avait un sens et – surtout – un but : l’autosuffisance de chaque foyer.

Aujourd’hui, tout a changé. On nous vend des magazines remplis d’idées toutes faites, des fournitures idiotes par milliers et… personne ne sait plus rien faire de ses dix doigts.

Parce que le DIY, ce n’est pas seulement une question de customisation ou de personnalisation de ce qui existe déjà. Ce n’est pas un porte-clés en pacotille à assembler en deux minutes. Ce n’est pas acheter des franges qui brillent pour pimper ses baskets. Ce n’est pas décorer des ballons avec des pompons ou des gommettes. Ce n’est pas réaliser son savon avec des produits déjà transformés et finalement pas plus naturels que les savons du commerce. Ce n’est pas préparer un plat à base de boîtes de conserve et d’aliments transformés (on trouve parfois ce genre de recettes « express » dans les magazines de cuisine).

À la limite, ce n’est même pas réaliser une jolie broche chat que personne ne portera (même si c’est déjà un poil plus satisfaisant) !

Privilégier la technique et les idées

En réalité, les boutiques de matériel DIY ainsi que de nombreux magazines et livres spécialisés nous enlèvent la possibilité de créer réellement par nous-mêmes. La plupart ne nous permettent pas de nous approprier une technique, de l’expérimenter sous toutes les coutures et de développer nos propres idées. Et surtout, beaucoup nous privent de notre capacité à réfléchir et à nous débrouiller seul.es. Car il faut acheter. Acheter encore. Acheter toujours plus, aux quatre coins du monde.

On nous fait croire que nous fabriquons de nos mains, mais en réalité nous consommons du DIY !

Comment éviter de nous faire avoir avec des faux DIY et de fausses bonnes idées ?

  • Tout d’abord, réfléchissons à l’utilité de chaque projet. Je sais qu’il ne faut pas tomber dans le piège du « tout utile », mais allons-nous vraiment porter un bonnet avec des oreilles d’ours ? OK, c’est mignon, c’est marrant… Mais si c’est pour finir dans un tiroir, c’est surtout bof !
  • Ensuite, évaluons la quantité de matériel à acheter. S’il faut tout nous procurer sur une ou plusieurs boutiques en ligne, réfléchissons bien. Est-ce que nous pouvons adapter l’idée avec ce que nous avons déjà dans nos placards, en complétant si besoin avec une commande minime ? D’ailleurs, qu’avons-nous dans nos placards ? Voilà une belle occasion de faire du tri !
  • Évaluons également nos besoins, nos habitudes et nos goûts. À quoi bon tricoter un superbe pull loose en mohair jaune si nous ne supportons ni les pulls larges, ni les poils, ni le jaune ? Je plaide coupable, car j’ai souvent réalisé des vêtements importables en me laissant séduire par un magnifique coupon de tissu, un modèle ravissant ou un fil amusant. Résultat, je n’ai jamais porté ce que j’ai fait. Quel gaspillage ! Je parle de vêtements, mais ce principe est valable pour n’importe quel projet manuel…
  • Initions-nous en profondeur à une ou plusieurs techniques, afin d’être capables de concrétiser nos propres idées. Suivons les astuces des pros et empruntons ou achetons des livres « initiatiques » pour maîtriser les bases. Exemple en tricot : pourquoi et comment utiliser tel point, telle augmentation ? En cuisine : comment et pourquoi utiliser tel ingrédient, tel ustensile ? Cherchons le principe et la règle derrière chaque chose pour pouvoir nous les approprier.
  • Laissons tomber les tutos anecdotiques qui ne nous apprennent rien et qui nous incitent plutôt à consommer, et – pire – à nous conformer à un modèle à la mode.
  • Cherchons à savoir comment les choses fonctionnent pour pouvoir les réparer, les refaire ou les adapter selon nos besoins.
  • Rappelons-nous aussi que, parfois, mieux vaut acheter tout fait et bien fait plutôt que de gaspiller notre temps pour un résultat médiocre et insatisfaisant…

Pas de panique, un DIY réussi (et raisonné) n’est pas nécessairement compliqué !

N’achetons plus notre matériel n’importe où

Passons maintenant au chapitre du matériel créatif. On pense souvent que faire soi-même est plus écolo, mais en réalité il est rare que l’on connaisse l’impact environnemental et social des fournitures que l’on achète. Quid de leur provenance, de leur mode de fabrication, de leur composition ? Sans compter que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous…

Je pense par exemple aux textiles cultivés et teints au mépris de la santé des travailleurs, et qui parfois ne valent même pas l’énergie qu’il a fallu pour les produire. Aux pierres de synthèse sans éclat et aux métaux extraits dans des conditions indignes. Aux accessoires décoratifs crachés par milliers par des industriels sans imagination. Aux peintures fades, trop fluides ou pas assez, et qui n’offrent pas une belle expérience sous le pinceau. La liste est longue, vous l’aurez compris !

Même si je reconnais qu’il est possible de produire de la merde avec de beaux matériaux, il est plus rare de créer de la splendeur à partir d’un mauvais polyester, d’un plastique dégueulasse ou d’un métal qui s’oxyde dès qu’on pose les doigts dessus.

Alors, dans la mesure du possible, mieux vaut :

  • Nous fournir dans les vide-greniers ou sur des boutiques éthiques.
  • Tâcher de nous procurer la meilleure qualité possible ou ce qui se rapproche le plus de ce que nous voulons précisément.
  • Éviter d’accumuler (et d’oublier) du bazar dans nos placards, et essayer d’utiliser ce que nous possédons avant de racheter autre chose.
  • Passer notre chemin devant les lots à prix mini – parce que la qualité sera mini aussi.
  • Fuir les gadgets et les bricoles.

Pour moi, c’est cela, un DIY raisonné.

Quelle est votre définition du DIY ? Aimez-vous créer ou préférez-vous le vertige de l’achat de matériel pour créer ?