La rengaine de la peur

Photo by Gatterwe - La peur nous emprisonne

Qui n’a jamais eu peur ? On peut avoir peur des araignées, du tonnerre, de la foule ou de n’importe quoi d’autre. Ces peurs-là sont spécifiques, activées lors d’une situation spécifique, et relativement anodines quand tout va bien. Mais il existe d’autres peurs, plus profondes, souvent niées, et qui nous empêchent de profiter pleinement de la vie…

Cache-cache avec la peur

J’ai longtemps cru que j’avais peur de tout, sauf de réussir ma vie. Je croyais – à tort – que je savais qui j’étais, ce que je voulais et comment l’obtenir. Je croyais – encore à tort – que rien ne m’empêcherait de réussir et d’aller loin si je faisais les efforts pour.

Je croyais encore mille choses, et j’avais faux sur toute la ligne.

J’ai fait des efforts et j’ai échoué quand même. J’ai vainement essayé d’entrer dans un moule inadapté à mes particularités. Je me suis heurtée à des murs que j’ai pourtant continué de marteler avec mes petits poings fragiles, dans l’espoir de les abattre par la seule force de ma volonté.

Et pendant tout ce temps, la peur se cachait et me retenait dans tous mes élans.

J’avais peur, et j’ai encore peur :

  • d’être rejetée et moquée par les autres,
  • d’être tout bonnement laissée de côté et ignorée,
  • d’être « trop » ou « pas assez » par rapport aux autres,
  • d’être seule à ressentir ce que je ressens,
  • d’être inadaptée, d’avoir quelque chose qui cloche chez moi,
  • d’être inintéressante, lassante, ennuyeuse,
  • d’être inutile, de ne servir à rien sur cette planète,
  • d’être un imposteur et de décevoir les autres,
  • de souffrir (physiquement ou psychologiquement),
  • de ne pas mériter l’amour des autres, d’être trop mauvaise pour être aimée,
  • de ne jamais y arriver.

Je suis certaine que vous partagez au moins une de ces peurs avec moi. Si vous estimez que ce n’est pas le cas, soit vous vous mentez à vous-même (comme je l’ai fait si longtemps), soit vous avez atteint un très haut niveau de sagesse – mais alors pourquoi lisez-vous ce blog ?

La peur est une émotion universelle

La peur est une émotion que nous expérimentons tous, dès notre plus jeune âge, car elle fait partie de notre instinct de survie. Comme nous avons besoin les uns des autres, nous voulons éviter d’être rejeté.e.s, ignoré.e.s ou laissé.e.s sur la touche. Nous cherchons donc à plaire à tout prix, à être populaires, entouré.e.s et plébiscité.e.s pour nos qualités. En échange, nous nous perdons dans nos « personnages » et nous enfouissons notre peur de plus en plus profondément, afin qu’elle ne vienne plus nous enquiquiner.

Or, la peur est toujours là. Elle nous empoisonne tout doucement, à bas bruit. Elle pollue nos rapports sociaux, nous empêche de saisir des opportunités, ternit nos sources de plaisir et nos joies. Elle dicte nos réactions, nos actions, nos inactions. Elle est l’inconnue qui pourrit toute l’équation.

Dans mon cas, voici ce qui se jouait en moi quand tout se passait (trop) bien dans ma vie. Au bout d’un moment, j’atteignais un palier et la peur entrait en jeu avec son petit monologue : « Il ne faut pas que j’aille plus loin. Si je réussis, je vais être remarquée – et probablement critiquée. Ça va me faire du mal. Sans compter que si je continue sur cette lancée, je vais devoir changer mes habitudes. Je vais devoir sortir davantage, me déplacer plus souvent et rencontrer plus de monde. Or je ne dois pas m’aventurer trop loin socialement, sous peine de souffrir aussi. On va s’apercevoir que mon prétendu talent, c’est du flan. Ou alors je vais trouver un moyen de me ridiculiser. Ou alors on va faire semblant de m’aimer pour mieux se foutre de moi par-derrière. Ou alors… Enfin bon, si je reste là où je suis, au moins je sais gérer les conséquences. »

Ce circuit était tellement bien rodé que je n’en étais même pas consciente.

Aller dire bonjour à la peur

Voici un conseil que j’aurais sans doute balayé d’un revers de main il n’y a pas si longtemps : le premier pas pour se libérer de la peur, c’est de la reconnaître. Nous devons nous avouer que nous avons peur. Nous devons prendre conscience que nous sommes englué.e.s dans les filets invisibles, incontrôlables et oppressants de la peur, et accepter notre vulnérabilité.

Cela demande du courage de dire pour la première fois : « Je te vois, la peur, te cache pas. Viens ici, faut qu’on parle ! »

Ensuite, le processus suivra son cours. La « guérison » surviendra rapidement ou prendra des années, mais peu à peu la peur desserrera son emprise. Elle sera toujours là – car elle a son utilité –, mais nous ne serons plus paralysé.e.s par ses sortilèges et ses vieux refrains.

Je reviendrai en partie sur ce thème dans un futur article, en abordant les choses sous l’angle de la compassion. D’ici là, à défaut de surmonter notre peur, commençons déjà par entamer le dialogue avec elle. Car n’en doutons pas, elle a beaucoup à dire de nous.

Êtes-vous conscient.e que votre peur restreint toute votre vie ? Acceptez-vous votre vulnérabilité ou préférez-vous parier sur une illusion d’invincibilité ? Qu’est-ce que votre peur pourrait vous dire si vous la laissiez s’exprimer ?