Pourquoi est-ce devenu si compliqué de bien manger ?

Photo by Patryk Dziejma - Manger ou ne pas manger ?

La question de l’alimentation est au centre de nos préoccupations, et c’est bien normal. Aujourd’hui, il faut manger sain et équilibré, mais face aux injonctions contradictoires que nous recevons de toutes parts, nous voilà déboussolé.es. Sans compter que les questions éthiques et écologiques comptent aussi de plus en plus. Bilan ? Manger devient une corvée, une angoisse ou une source de culpabilité. Ayant moi-même des relations compliquées avec la nourriture, nettement amplifiées par tout ce que j’ai appris ces dernières années, je vous propose un petit bilan-résumé. Il vaut ce qu’il vaut, mais j’espère qu’il pourra vous aider à y voir plus clair !

Nos denrées sont un danger

Depuis qu’ils existent, les aliments industriels ont totalement modifié nos goûts, notre façon de manger et même notre rapport avec la nourriture. Le gras, le sucre, le sel et le gluten se dissimulent partout et créent une addiction importante, d’où notre difficulté à résister aux paquets de gâteaux, aux chips et aux plats cuisinés disponibles partout.

Isabelle Saporta, dans son livre Ne mâchons pas nos maux, rapporte que les enfants de primaire ne savent plus identifier un poireau, une endive ni aucun autre aliment à l’état brut, pas plus qu’ils ne savent faire le rapprochement entre la viande qu’il y a dans leur assiette et l’animal duquel elle provient. Quant à savoir comment préparer ces aliments, cela tient du mystère pour la majorité. Ce constat est partagé par Carolyn Steel dans son excellent ouvrage Ville affamée *. Elle y raconte que les villes ont toujours été dépendantes de la campagne environnante pour s’approvisionner, et à quel point les liens étaient jadis étroits entre les deux. Or, aujourd’hui, les villes se sont coupées de tout contact avec la réalité de la nourriture : travail de la terre, élevage des animaux, etc. Il en résulte une abondance factice et destructrice, une artificialisation de l’alimentation et une dénaturation de notre palais.

Encore plus préoccupant, le Dr Laurent Chevallier, dans Le livre antitoxique, lève le voile sur les nombreux produits chimiques contenus dans nos aliments et susceptibles de générer nombre de nos allergies et pathologies « modernes ». Additifs, conservateurs, colorants, pesticides, OGM et même nanoparticules : nous ne savons pas ce que nous mangeons, et les industriels, qui détiennent le monopole sur nos assiettes, ne se battent pas pour que ça change, au contraire !

L’éthique, la diététique et toute la clique

Et si ce constat n’était pas suffisant, nous sommes aujourd’hui de plus en plus conscients de la souffrance, des injustices et de la pollution causées par notre façon de nous alimenter. Même si ces questions peuvent nous sembler trop éloignées de notre sphère d’intérêt, nous ne pouvons plus nous boucher les yeux devant les conditions d’élevage et d’abattage des animaux, l’esclavage de certains travailleurs à l’autre bout du monde, la pollution engendrée par l’agriculture intensive et par les emballages de nos aliments, etc. Oui, la réalité est bien difficile à regarder en face. Surtout quand notre responsabilité est engagée…

Et que dire des conseils diététiques contradictoires propagés par les médias ? Quelle pression pour les décoder et pour s’y retrouver ! Mangez ceci. Ne le mangez plus. Mangez cela. Ce n’est plus bon, mangez plutôt ce nouveau truc. Mangez comme ci et pas comme ça. Êtes-vous allergique au gluten, au lactose, à autre chose ? Avez-vous testé le crudivorisme, la cuisine ayurvédique, la macrobiotique, les smoothies, les jus verts, le jeûne ? Avez-vous testé le nouveau régime à la mode et à la con ?

Pas étonnant que nous devenions anorexiques, boulimiques, orthorexiques, allergiques… !

Lâchez-nous les assiettes !

Noyé.es sous ce flot d’informations et d’interdictions, nous oublions non seulement d’écouter notre corps, mais aussi de prendre plaisir à manger.

Personnellement, je crois que pour prendre du plaisir à table, nous devons nous réapproprier nos aliments et notre cuisine. Je ne suis pas une championne des fourneaux, mais j’ai appris petit à petit des savoir-faire précieux et j’apprécie maintenant de préparer moi-même mes repas à base de légumes du marché et d’ingrédients bio en vrac. J’ai aussi remarqué que lorsque nous écoutons notre corps, il sait se diriger vers ce dont il a besoin. Naturellement, cela demande un petit entraînement, avec des périodes faciles et d’autres moins…

Concernant l’éthique, il me semble important de végétaliser au maximum notre alimentation, mais en jouant sur le plaisir de la découverte de nouvelles saveurs plutôt que sur la culpabilité. Cela demande quelques efforts, mais c’est possible d’y arriver ! Je proposerai prochainement une sélection de livres de cuisine végéta*ienne pour celles et ceux que ça intéresse.

Dans tous les cas, que vous soyez omnivore, flexitarien.ne, végétarien.ne, végétalien.ne ou autre, pensez surtout à écouter votre corps et à cuisiner des aliments de qualité pour enchanter vos papilles !

* Livre reçu en service de presse