Apprendre à combattre pour l’amour

Photo by Baerenfein - Combattre pour l'amour

Vu l’actualité anxiogène et particulièrement insoutenable de ces derniers mois, j’ai pensé qu’il serait intéressant de mettre en avant un livre qui parle d’amour. D’amour ? Oui, mais pas d’amour mièvre ni de petites fleurs au bout des fusils. Le livre Savoir aimer en des temps difficiles *, de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler, parle plutôt de combats à mener tous ensemble pour mieux se comprendre : combat contre la haine, combat contre la violence et combat contre l’illusion.

Nous sommes la haine, nous entretenons la violence

Même si nous nous croyons au-dessus de cette haine extrême qui dégénère en massacres partout dans le monde, même si nous tâchons de maîtriser notre colère grâce à des techniques de développement personnel, il y a en nous un feu mauvais qui couve. Nous portons tous en nous les germes de la haine et de la violence, car nous souffrons tous de blessures secrètes qui parfois suppurent et enveniment nos relations avec les autres. Notre violence potentielle, celle que nous refusons de conscientiser, peut exploser si nos angoisses, nos inquiétudes, nos vieux traumatismes et nos désarrois sont attisés.

Malheureusement, la plupart d’entre nous préfèrent rester aveugles à cette réalité, allant jusqu’à la nier. En effet, nous essayons tous d’être des gens « bien », nous pensons que nous n’avons rien à voir avec les horreurs que nous voyons chaque jour aux actualités. Nous pensons qu’en restant bien gentiment chez nous, nous serons à l’abri de toute menace…

Mais en nous bouillonne la peur, une peur intensifiée par notre époque particulièrement insécurisante et par les médias qui en jouent. Peur de ne pas s’intégrer ou d’être rejeté, peur du chômage, peur de perdre nos acquis, peur de cet étranger que l’on comprend mal, peur du terrorisme, etc. Et c’est cette peur qui nourrit la haine et la violence larvées en nous : il nous faut un bouc-émissaire, un exutoire, quelqu’un (ou quelque chose) contre quoi nous révolter et nous défouler.

Penser ne signifie pas réfléchir, réfléchir ne signifie pas être lucide

Ce bouc-émissaire, nous le désignons souvent en fonction de la vision du monde que nous a inculqué notre milieu social et culturel. Cette vision (forcément parcellaire), nous l’avons peut-être intégrée et acceptée sans la remettre en question. Nous nous sommes peut-être rebellés contre elle, pour chercher une autre « réponse » au monde.

Dans tous les cas, les certitudes que nous nourrissons sont autant de filtres qui nous empêchent de voir la réalité « telle qu’elle est », c’est-à-dire ni totalement idyllique ni totalement infernale. Il est nécessaire que nous prenions un peu de recul par rapport aux croyances de notre milieu et au discours des médias.

Soyons honnêtes :

  • Qui n’a jamais formulé de jugements à l’emporte-pièce ?
  • Qui n’a jamais eu de préjugés ? Qui n’en a jamais été victime ?
  • Qui n’a jamais établi une différence entre « eux » et « nous », qui que soient les « eux » et qui que soient les « nous » ?
  • Qui n’a jamais idéalisé ou diabolisé qui que ce soit – un parti politique, un groupe ethnique, un corps professionnel, une communauté idéologique, une personnalité publique, quelqu’un de notre entourage… ?

C’est à nous de faire l’effort de nettoyer nos filtres, de remettre en question nos certitudes et nos croyances, de ne plus surréagir aux événements mais plutôt d’y réfléchir pour gagner en lucidité.

Les trois combats à mener tous ensemble

Nier les problèmes ne les résout pas. Il s’agit d’être lucide. Ainsi, les différentes crises : économique, du lien social, du travail, du sens et de l’autorité (pour ma part, j’ajouterais la crise écologique) sont toutes liées entre elles. Le mal-être individuel reflète ainsi le mal-être collectif, qui est lui-même exacerbé par la somme de tous les mal-être individuels.

Voici donc venu le temps des trois combats :

  • La haine se combat grâce à la fraternité, qui se noue si nous avons le courage d’aller à la rencontre de l’autre, de lui parler et de l’écouter, de partager avec lui le récit de nos épreuves.
  • La violence se combat grâce au conflit, cet espace où les points de vue peuvent se confronter et au sein duquel le dialogue peut se nouer entre différents protagonistes que tout oppose. Un conflit constructif et non violent permet de (re)créer du lien, car il génère de la compréhension, voire de l’empathie entre tous les participants.
  • L’illusion se combat grâce à l’esprit critique. Que ce soit dans notre sphère personnelle (couple, famille, travail) ou élargie (communauté, institution, milieu socioculturel), chaque pensée qui entretient la haine, la peur et l’illusion doit être réétudiée, démontée, désamorcée.

C’est ainsi que l’ouverture deviendra possible, même dans ce monde complexe et déstabilisant qui est le nôtre.

Bilan de cette lecture

À présent que j’ai exposé et condensé les idées des auteurs, j’ai envie de nuancer le bilan de ma lecture. En effet, je n’ai pas trouvé ce livre particulièrement bien écrit et j’ai même déploré quelques lourdeurs et répétitions, lorsque les auteurs tournent autour d’une idée sans l’éclaircir franchement. Ce texte aurait donc, selon moi, mérité d’être mieux relu et mieux encadré.

Toutefois, si la forme est un peu maladroite, le fond est profond et le message puissant. En effet, les auteurs savent de quoi ils parlent : ils s’appuient sur leur expérience de terrain, ayant mené des séances de Thérapie Sociale dans plusieurs pays et ayant rencontré des personnes de milieux et de cultures très divers. Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler livrent donc une synthèse de tout ce qu’ils ont pu observer dans leur cadre de leur mission, sans angélisme ni fanatisme.

C’est pour cela que je présente ce texte qui, si nous prenons le temps de le découvrir, de le méditer et de l’assimiler, pourra nous aider à construire un monde meilleur.

Parce que si l’on ne vit pas pour s’épanouir, s’améliorer et améliorer le monde, alors pourquoi vit-on ?

* Livre reçu en service de presse