Le bien-être en question

Photo by Patrick Hendry - Prendre soin de soi

Très concernée par ma santé et mon bien-être, comme de nombreuses personnes à l’heure actuelle, j’ai voulu lire Le syndrome du bien-être *, de Carl Cederström et André Spicer. Mes impressions de lecture sont mitigées, mais ce livre a tout de même fait avancer ma réflexion sur le sujet.

Il y a quelque chose de pourri au royaume du bien-être

Selon les auteurs, le « syndrome du bien-être » est un pur produit du néolibéralisme, qui encourage, on le sait, l’individualisme et l’égoïsme. Autant vous prévenir, personne n’y échappe. Car notre idéal de bien-être et de bonheur est devenu désormais une injonction à jouir (toujours plus) et à prendre soin de notre corps (toujours plus), quitte à ne plus faire que nous regarder le nombril.

Pire, on s’impose une pression incroyable pour être en bonne santé, toujours positifs, en pleine forme et productifs. Résultat pervers : on culpabilise à mort en cas de baisse de forme, d’entorse à notre régime healthy, de coup de déprime… Bref, à chaque fois qu’on ne répond pas aux normes implicites en vigueur.

Et si ça ne suffisait pas, on se met à juger les autres, ceux qui font de très très vilains choix : fumer, boire, manger n’importe comment, etc. Ces gens-là doivent être fous ou inconscients ?!

Vous connaissez ces pensées, n’est-ce pas ?

Le bien-être en entreprise et au-delà…

Les auteurs évoquent aussi le cas des entreprises qui, sous prétexte de prendre soin de leurs employés, leur imposent des activités qui floutent la frontière entre travail et vie privée, voire les fliquent jusque chez eux, avec des appareils pour mesurer leur sommeil, contrôler leur alimentation, etc. Ceci dans le but de les rendre plus productifs et… de pouvoir les licencier s’ils ne remplissent pas les conditions.

Et que penser du « quantified self », ou quantification de soi ? À en croire les accros, il faudrait être branché.es et connecté.es en permanence pour mesurer nos cycles de sommeil, de digestion, notre rythme cardiaque… Comme si nous n’étions plus capables d’écouter notre corps naturellement. Perso, je n’ai aucune envie que mon portable m’indique le meilleur moment pour aller faire caca ! Et vous ? (C’était la minute glamour du jour.)

Si tu n’y arrives pas, c’est de ta faute !

Autre aspect développé dans le livre, la notion de « réalisation de soi ». Il s’agit de prendre l’entière responsabilité de notre santé et de notre vie, et sans nous plaindre, s’il vous plaît ! Tout doit être « géré » rationnellement, y compris nos éventuelles maladies. Cette injonction, relayée par tous les médias, peut être vue comme une démission de l’État qui, ne pouvant et ne voulant plus rien offrir à ses citoyens, leur laisse l’entière responsabilité de se battre pour être heureux – ou pas. Les coachs, les psys, les profs de yoga et les diététiciens prennent le relais pour nous raconter des lendemains qui chantent. Pour peu qu’on ait les moyens de s’offrir leurs services, bien sûr.

Adieu les aides sociales, la solidarité, l’entraide et la bienveillance. Place au « aide-toi et le ciel t’aidera ».

Si Dieu veut.

Retour sur lecture et réflexion personnelle

Si les points abordés ci-dessus sont pertinents, je pense pour ma part qu’il est difficile de s’intéresser aux autres quand on souffre chroniquement, quand on est dépressif ou malade. Il me semble alors normal – voire vital – de rechercher des solutions pour se sentir mieux et remonter la pente. Dans ce cas, se centrer sur sa propre guérison avant de penser aux autres n’est pas égoïste. Et puis prendre soin de soi ne veut pas dire obligatoirement négliger les autres…

Ensuite, les auteurs ont tendance à voir des gourous et des charlatans partout. Personne dans le domaine de l’alimentation, de la psychologie positive, de la méditation, de l’exercice physique, etc. ne semble avoir de motivations sincères à leurs yeux. Certes, le marché du bien-être est devenu une source de profit énorme pour ceux qui surfent sur la vague, quitte à dévoyer une tendance pourtant positive, mais de là à mettre tout le monde dans le même panier…

Pour conclure, si ce livre soulève de bonnes questions, il n’apporte pas tellement de réponses. Et sa conclusion, qui nous encourage à cesser de « nous apitoyer encore et toujours sur notre sort » et à « nous ouvrir et à penser un peu plus à autrui », parvient malheureusement à nous faire sentir encore plus coupables et inadéquats. C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu, et c’est dommage.

Avez-vous lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ?

* Livre reçu en service de presse