Quand la finance se mêle de l’écologie

Photo by Marion sur Pixabay - Désolation

Je me rends compte que cela fait longtemps que je n’ai pas abordé de sujet écologique bien plombant sur ce blog… Je vais donc réparer ça tout de suite ! Le grand public n’est pas au courant, mais il se passe des choses inquiétantes dans l’univers de la finance. Celle-ci se veut désormais « verte », et peu importe qu’en réalité elle détruise l’environnement, tant que cela rapporte et que cela donne bonne conscience. Plongée glaçante dans Prédation – Nature, le nouvel Eldorado de la finance, de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil.

Les giga-prédateurs de la nature

Si l’homme est un super-prédateur, que dire des spéculateurs, des banquiers et des businessmen ? Assis sur leurs privilèges et sur leur tas d’or sale, ils contemplent la destruction du monde en se frottant les mains. Car les ressources naturelles – l’air pur, l’eau potable et les terres arables – deviennent choses rares, donc matière à spéculer. Et ces grands argentiers ne s’en privent pas.

Les multinationales pèsent lourd dans les décisions prises en faveur de l’environnement. Mais leur motivation première n’est pas de protéger la faune, la flore et les vies humaines, mais de faire du profit. Certaines spéculent même sur les catastrophes naturelles et d’autres émettent des actions sur les espèces en voie de disparition ! Même les Nations Unies et les ONG environnementales s’abaissent devant les multinationales, voire sont dirigées par des ténors de la finance. Oui, on en est là ! Il y a de quoi avoir la rage, non ?

La finance a la mainmise sur la planète

Le livre de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil lève le voile sur des pratiques aussi courantes que nauséabondes. Ainsi, il est aujourd’hui possible de :

  • Construire des maisons sur un site naturel protégé, à condition de financer un autre site « en compensation », ou d’en créer un factice.
  • Rentabiliser sans vergogne des investissements « verts » tout en se fabriquant une bonne image auprès d’un public trop peu soupçonneux et trop peu critique. Le greenwashing est une pratique très prisée des multinationales les plus polluantes.
  • Faire semblant de créer de l’énergie « propre », en polluant encore davantage et en broyant des petits travailleurs.
  • Racheter du crédit carbone ou un quota d’eau à une entreprise qui n’a pas épuisé le sien, histoire de ne pas gaspiller le droit à détruire la planète.
  • Calculer et évaluer rationnellement le « capital naturel » d’un site ou d’une espèce donné.e ainsi que les « flux de service » qu’il ou elle peut générer. La nature est vue de façon utilitaire et, si les écologues décident qu’une espèce animale ou végétale « ne sert à rien », il devient possible de la détruire sans sourciller. Désormais, le capital naturel se gère de façon comptable. Parfaitement.
  • Sacrifier des populations indigènes pauvres d’Afrique et d’Amérique du Sud en leur supprimant leurs moyens de substance, leur eau potable, leur air pur ainsi que leurs droits, quitte à employer la force. Mais qui s’en préoccupe, du moment que les pays occidentaux relèvent leur croissance et le pouvoir d’achat des ménages ?
  • Spéculer sur le « carbone bleu », c’est-à-dire sur les océans. Les dents de la mer ont changé de râtelier, qu’on se le dise.

On va bientôt vendre la peau de l’ours alors qu’il n’y aura plus d’ours

Alors que certains scientifiques sérieux tirent la sonnette d’alarme depuis déjà plusieurs décennies, les économistes et les climatosceptiques n’ont de cesse de rallier les suffrages des entrepreneurs et des politiciens, achetés par des promesses mirifiques de croissance et de profits.

Pourtant, un jour prochain, tout le monde paiera pour ces ravages, y compris ces nantis qui découvriront alors, comme dans la parabole amérindienne, que l’argent ne se boit pas et ne se mange pas. De surcroît, il ne se respire pas non plus.

Donc réfléchissons ensemble sur le petit scénario de l’épilogue :

  • Quand le pouvoir d’achat repartira et que les ménages pourront (re)commencer à consommer tout et n’importe quoi, mais que nous ne pourrons plus respirer d’air pur ni boire d’eau potable, que se passera-t-il ?
  • Quand la croissance rebondira, mais que les catastrophes naturelles s’accélèreront et détruiront tout sur leur passage, que se passera-t-il ?
  • Quand tout le monde aura la possibilité de partir en vacances au bout du monde dans des vols charters ultrapolluants, mais qu’il n’y aura plus aucun site naturel épargné sur la planète, que se passera-t-il ?

Pour conclure et ouvrir des possibilités

Pour finir sur une note plus « activiste » et éviter le sentiment d’impuissance qui peut nous saisir à la lecture de ce livre, voici quelques petites pistes pour faire bouger les choses :

  • Changer de banque. Même si aucune n’est parfaite, le Crédit coopératif, pour le moment, est une des meilleures options pour éviter de financer des saletés.
  • Cesser de faire des dons aux associations qui ne font plus leur boulot et qui frayent de trop près avec le monde de la finance (c’est-à-dire presque toutes). Préférer l’action locale, le bénévolat, etc.
  • Boycotter (autant que possible) les grandes entreprises connues pour pratiquer le greenwashing. Et il y en a beaucoup…
  • Consommer moins, faire de son mieux pour acheter plus durable, plus éthique et plus écologique.
  • Lire, s’informer, réfléchir, discuter de ces sujets autour de soi.

Êtes-vous choqué.e par ce que vous venez de lire ? Le saviez-vous ? Avez-vous envie de vous procurer le livre de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil pour en apprendre plus ?