La bonne conscience

Photo by StockSnap - Confortable hamac pour reposer sa conscience

Aujourd’hui, je prends mon clavier à deux mains pour aborder un sujet délicat : la bonne conscience. C’est un fait, nous avons tous tendance à nous réfugier derrière nos confortables opinions ainsi que derrière nos fragiles autojustifications. Mais jusqu’où peut-on justifier des comportements qui vont à l’encontre de nos réelles valeurs ou de l’intérêt commun ? Où la bonne conscience s’arrête-t-elle, et où la mauvaise foi commence-t-elle ?

Nous sommes tellement conditionnés…

En 2008, je me souviens que je me considérais comme une « intégriste de l’écologie » parce que j’étais très à cheval sur le tri de mes déchets et sur les économies d’énergie. C’est en effet ainsi que la plupart des médias présentaient l’écologie : quelques gestes (utiles au demeurant) censés sauver la planète, mais sans trop remettre en question le gaspillage des ressources dû à la société de consommation dans laquelle nous baignons depuis plusieurs décennies.

Cette Nadège de 2008, je lui foutrais des baffes. Parce qu’elle ne savait rien, elle ne faisait rien, elle dormait les yeux ouverts, hypnotisée par les néons extérieurs. En somme, je vivais comme tout le monde, sans réfléchir, convaincue que jeter mes déchets dans la bonne poubelle et éteindre la lumière quand je sortais d’une pièce était suffisant – voire digne d’éloges.

En outre, je m’achetais une bonne conscience à peu de frais en donnant quelques euros à des associations pour l’environnement, la faim dans le monde, le handicap…

En 2013, je suis tombée malade. Des vertiges et des malaises inexplicables se sont abattus sur moi comme des pigeons sur des miettes de pain. J’ai compris que j’avais trop tiré sur la corde et que mon organisme ne suivait plus. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à me documenter sérieusement sur les questions écologiques. J’ai pris une énorme claque. Ma santé, indirectement et involontairement, je l’avais foutue en l’air, avec au passage celle de centaines de milliers d’autres êtres humains qui pâtissaient de ma façon de consommer, de polluer, de vivre sans réfléchir.

L’ère de la culpabilisation

Ce que je vais avancer est très violent, mais nous sommes tous « coupables » de quelque chose, ne serait-ce que d’ignorance, d’indifférence ou d’inconscience. Nous avons tous du sang sur les doigts. Indirectement, oui, mais…

Nous tâchons de justifier nos comportements par différents arguments, notamment le fameux « tout le monde fait comme ça, alors je fais pareil ». Mais quand avons-nous remis en cause cette hégémonie du plus grand nombre ? Quand avons-nous réfléchi à l’impact de nos habitudes, de notre orgueil et de notre frivolité ?

Il se trouve que nous sommes entrés dans une ère culpabilisante et plus très confortable. Nous sommes quotidiennement mis en face des conséquences de nos actes, quand nous entendons parler :

  • de plans sociaux (puisque nous préférons payer tout moins cher plutôt que de moins acheter),
  • de catastrophes naturelles (no comment),
  • de terrorisme et de migrations forcées (je vous laisse chercher un peu en quoi notre responsabilité est engagée là-dedans),
  • de maladies dites « de civilisation » (nos habitudes de consommation y sont pour beaucoup),
  • etc.

Nous arrivons à un stade où nous sommes obligés de réfléchir.

Et c’est bigrement difficile, je l’admets. Personnellement, je me sens souvent coupable de tout et n’importe quoi. Et pourtant, je ne suis pas la seule à porter la responsabilité de la pollution, de l’exploitation humaine ou animale, des inégalités sociales…

Je ne dis pas que nous devons endosser le cilice du remords à chaque fois que nous remuons un doigt. Je dis juste que nous devons cesser de trouver des excuses à tous les gestes machinaux et potentiellement « nuisibles » que nous effectuons chaque jour.

Être exemplaire ou sincère

Il existe des personnes courageuses, qui abattent le gros du boulot, lèvent des lièvres et mettent les mains dans la fange pour informer le grand public de tout ce qui dysfonctionne ici-bas. Je pense aux lanceurs d’alerte, aux journalistes d’investigation tenaces et intègres, aux militants qui n’ont pas peur de prendre des risques pour servir leur cause. En récompense, on les prend pour des fous, des emmerdeurs ou des paranos…

Triste monde.

Et puis il y a ceux qui pensent que donner des millions à des associations suffit à blanchir leur conscience, ou ceux qui relaient sans cesse leur beau message sur les réseaux sociaux et qui, dans la vraie vie, agissent uniquement pour leur pomme. Sont-ils conscients de l’écart entre leurs paroles et leurs actes ?

Pas besoin toutefois d’accomplir des actions époustouflantes, de militer non-stop ou de se réfugier dans une grotte pour faire une différence… Il suffit d’être sincère et de combler au maximum le fossé entre nos paroles et nos actes. Comme il est impossible d’être exemplaire dans tous les domaines, il suffit de faire de notre mieux, en ayant conscience de nos limites et de nos propres contradictions.

Alors, chère lectrice et cher lecteur, tu vis ta vie comme tu veux, mais * :

  • Es-tu sûr.e de faire ce que tu veux, ou fais-tu simplement ce que l’on t’a appris à faire sans te poser de questions ?
  • Es-tu bien conscient.e de ce que tu fais et de pourquoi tu le fais ?
  • Sais-tu qu’il existe d’autres façons de faire (et de penser) que la tienne ?
  • Comprends-tu que chacun de tes gestes a une conséquence, parfois plus vaste que tu ne l’imagines ?

Ouaip, t’as pas fini de te prendre la tête 😉

* Je te tutoie parce que ça donne plus d’impact à mes phrases. Mais rassure-toi, je sais qu’on n’a pas gardé les cochons saucisses de tofu ensemble (en tout cas pas encore).