De l’importance de ne pas se nier

Photo by miniformat65 - Se déployer sans se nier

J’ai déjà parlé de mes particularités intellectuelles et neurologiques, et de tout ce qu’elles impliquent dans ma vie quotidienne. Ces derniers temps, j’ai rencontré beaucoup d’interlocuteurs différents pour leur présenter mon projet, et je me prépare à communiquer encore pour promouvoir – et vendre – mon travail. Mais derrière toute cette communication « officielle », j’ai l’impression de laisser une grande partie de ce que je suis dans l’ombre…

Une fille gavé bizarre…

Quand j’étais en Seconde, une fille de ma classe, me pensant hors de portée de voix, a fait cette réflexion sur moi : « Nadège, elle est gavé bizarre, cette fille ! »

J’étais gavé glacée d’entendre ces mots, moi qui faisais tout pour être comme tout le monde. Qu’est-ce qui clochait chez moi ? Je me sentais différente, mais je me berçais de l’illusion de devenir « normale » un jour ou l’autre, par on ne sait quel miracle. Hélas, les autres voyaient (ou sentaient) que je n’étais pas comme eux. Manifestement, cela les dérangeait.

Aujourd’hui, je suis toujours bizarre 🙂 J’ai découvert que c’était une richesse, mais dans certains contextes, je n’assume toujours pas cette richesse pour le moins marginale.

Allez parler à un conseiller professionnel de votre hypersensibilité et de votre intuition, pour voir. Allez partager vos rêves avec quelqu’un qui raisonne à travers des promesses de rentabilité et des stratégies marketing offensives. Essayez de décortiquer votre vision intérieure devant une personne farouchement terre-à-terre.

La communication sera difficile.

Vous serez obligé.e d’édulcorer vos propos, sauf si disposez d’une confiance en vous inébranlable ou d’un pouvoir de persuasion exceptionnel.

(Je ne dispose malheureusement pas de ces atouts…)

Faire des concessions ou s’affirmer enfin ?

Après plusieurs versions pourries-moisies, j’ai réussi à trouver un moyen de présenter clairement mon projet, en évitant de trop mettre en avant ma singularité. Cela dit, mes efforts ont été peine perdue – à moins que ma lâcheté ait été punie –, car encore une fois, je n’ai pas été correctement comprise !

J’enrage, mais ce n’est pas le sujet du jour 😉

De toute façon, je sais déjà que le programme que j’ai créé n’est qu’une passerelle vers quelque chose de plus vaste. C’est une manière de mettre le pied dans la porte, en douceur, en abordant un thème que j’adore et que je me sens capable de développer maintenant.

J’ai passé tellement de temps repliée dans ma coquille que je ne suis pas encore prête à tout déployer d’un coup. Il ne faut pas brûler les étapes !

En attendant, j’apprends que je n’ai pas à m’excuser d’être moi. Que je n’ai pas à avoir honte d’être contemplative au lieu d’être compétitive. Que je peux continuer à explorer des thèmes comme la spiritualité, la nature et la créativité, même si peu de gens y sont sensibles.

Mais pour qui te prends-tu pour me demander pour qui je me prends ?

Quelles que soient nos particularités, nous ne devrions pas avoir besoin de nous cacher, de nous déguiser, de nous grandir ou de nous diminuer devant les autres. Nous avons le droit de vivre sans renier ce que nous sommes.

À quoi sert de vouloir étouffer notre sensibilité si celle-ci nous rend plus humain.e ? À quoi sert de vouloir accélérer (ou ralentir) si nous sommes du genre tortue (ou lièvre) ? À quoi sert de nous forcer à « sociabiliser » si nous trouvons satisfaction dans nos moments solitaires, loin de toute obligation ? Si nous vibrons de passion, pourquoi vouloir vivre tiède ?

L’heure est venue de déployer nos atouts et de miser sur notre charmante étrangeté. Au lieu de dissimuler et de déplorer notre bizarrerie, nous pourrions la voir comme un cadeau. Je suis sûre qu’elle peut enrichir le monde, si nous apprenons à nous en servir !

On s’y met ensemble ?