Faire face au syndrome de l’imposteur

Photo by Aimee Vogelsang - Syndrome de l'imposteur et image de soi fragile

J’ai un aveu à vous faire : ce blog n’est pas mon premier. Avant lui, j’ai tenu un autre blog *, consacré à la mode et à la création textile. Je ne suis donc pas une « débutante » en la matière. Sauf que… j’ai du mal à parler de ce que je fais et à mettre en avant mon expérience. Un comble pour une blogueuse, et un cauchemar dans ma vie professionnelle !

Peur de mettre en avant mon travail

Sur mon premier blog, j’avais adopté un ton impersonnel de « journaliste ». J’avais très peu partagé de réflexions personnelles, et encore moins de confidences. Tout au plus avais-je mis en scène quelques-unes de mes réalisations, au moyen de photos maladroites (sans commentaire). Bref. Aujourd’hui, sur Atelier 23, j’ai le trac de me dévoiler, de découvrir des commentaires sous mes articles (ils étaient désactivés sur mon précédent blog) et d’engager le dialogue avec vous, mes chers lecteurs.

Et ce trac ne s’arrête pas là, malheureusement. Figurez-vous qu’il y a quelques années, j’ai aussi écrit un livre et eu le privilège d’en traduire un autre, avec la confiance et la bienveillance de mes éditeurs. Je n’ai pourtant jamais mis ces travaux en avant, alors que j’aurais pu « faire ma promo » très facilement sur mon ancien blog. Hélas, je ne suis pas une reine de la promo…

Au contraire, la tenace impression de n’avoir rien accompli, de ne pas mériter d’être mise en lumière, me paralyse et me laisse amère devant tout succès. J’ai peur de réussir, autant que d’échouer.

C’est grave, docteur ?

C’est le syndrome de l’imposteur !

Le syndrome de l’imposteur empêche d’apprécier une réussite à sa juste valeur. Alors que certaines personnes semblent être nées avec une assurance inébranlable en leurs compétences et en leurs talents, d’autres n’ont pas cette chance et doivent lutter pour s’accorder un semblant de légitimité dans leurs activités.

Extrêmement vicieux, ce syndrome ou complexe entraîne sa « victime » dans un piège subtil : la spirale de l’autosabotage. La croyance en notre médiocrité, en notre incompétence et en notre nullité tend à provoquer des échecs en cascade. La peur d’être pris.e en défaut ou d’être mis.e en face d’une tâche pour laquelle nous pensons n’être pas à la hauteur inhibe toute action, tout éclat, toute fierté. Dans tous les cas, quand nous réussissons quelque chose, c’est dû à la chance ou à un facteur extérieur. Point barre. Pas question de recevoir un compliment sur cet accident heureux du destin.

Nous passons tant de temps à esquiver certaines situations que nous finissons, finalement, par échouer ou par lâcher la compétition. Confirmant ainsi notre mauvaise opinion de nous-même.

CQFD.

Mais pourquoi tant de haine ?

Ils ne sont pas les seuls, mais les autodidactes et les multipotentialistes (dont je suis) sont les plus susceptibles de souffrir de ce complexe, étant propulsés dans la vie active par la force de leur travail acharné et/ou de leur curiosité insatiable – mais souvent sans diplôme en bonne et due forme.

C’est mon cas, car je n’ai pas fréquenté d’école de journalisme ni obtenu de diplôme de traduction, par exemple. Mon diplôme le plus élevé est un BTS Design de mode. Pour le reste, j’ai plus ou moins tracé ma route au hasard des circonstances, en faisant parfois preuve de culot et d’une bonne dose d’inconscience. J’ai souvent bifurqué pour échapper à la lassitude des jobs répétitifs, par besoin d’apprendre et d’évoluer constamment. Ce qui ne m’a pas empêché d’échouer régulièrement (tiens, tiens) et de me retrouver au chômage plus souvent qu’à mon tour (d’ailleurs j’y suis en ce moment).

Comment construire une carrière satisfaisante dans ces circonstances, sans parler d’une estime de soi saine ?

Il est temps de renverser la vapeur.

Comment retrouver un semblant d’estime de soi ?

Comme pour ouvrir la porte et sortir de sa coquille, il est nécessaire de se faire accompagner pour guérir le syndrome de l’imposteur. Il est toutefois possible de poser soi-même quelques actions pour se sentir un peu mieux :

  • Établir des listes : nous pouvons nous astreindre à noter chaque soir nos petites (ou grandes) réussites du jour, sans les minimiser, afin de les savourer tranquillement, en toute intimité. Lister tous nos succès, toutes nos belles actions ainsi que toutes nos qualités peut aussi nous aider ponctuellement à relever notre amour-propre.
  • Prendre du recul : notre sentiment de nullité est simplement une illusion ancrée dans notre tête. C’est une histoire que nous nous racontons sur nous-même. En changeant de regard sur tout cela, nous pouvons récupérer une vision plus juste de notre valeur. Pourquoi ne pas demander à nos proches comment ils nous perçoivent, en toute objectivité ? (Exercice à faire uniquement si les proches en question ne sont pas sans arrêt dans la critique !)
  • Fixer des objectifs ni trop petits ni trop grands, avec des paliers de progression réalistes : nous sommes souvent des perfectionnistes prêts à nous épuiser pour atteindre « la » réussite ultime, en oubliant que le chemin qui mène à la réussite peut aussi faire partie de la réussite (oui, c’est tordu). Et si d’aventure nous ne recherchons pas le succès, nous nous enterrons dans un job au-dessous de nos capacités, afin de ne pas nous confronter à nos prétendues limites. Cherchons plutôt un juste milieu et progressons pas à pas, étape par étape. Sans oublier de prendre soin de nous – inutile d’aller jusqu’au burn-out.
  • Enfin, je crois qu’il est important de prendre conscience que, finalement, nous n’avons rien à prouver à qui que ce soit. Pouvons-nous nous reposer simplement sur ce principe bien plus libérateur qu’il n’y paraît ?

Vous sentez-vous concerné.e par le syndrome de l’imposteur ? Avez-vous parfois provoqué des échecs dans votre vie pour ne pas être « démasqué.e » ? Que faites-vous pour surmonter ce complexe ?   

* Édit du 4 décembre 2017 : je viens de fermer définitivement mon ancien blog et de supprimer le lien qui y menait.