Gérer le découragement

Photo by Flora Douville - Le découragement

Il y a des périodes où rien ne va. J’en traverse une en ce moment et, comme elle se cumule avec les précédentes, cela commence à me peser énormément. Pour résumer, je viens de déménager pour retourner vivre chez mon ex, car ma situation financière est loin d’être florissante. Il va donc falloir que je retrouve un travail – temporaire – pour me sortir de l’ornière. Pour en rajouter une couche, mon blog n’attire pas autant de lecteurs que j’imaginais. Alors oui, je sais, il est tout récent encore, mais comme j’étais pleine d’ambition et de projets lorsque je l’ai mis en ligne, je suis un peu déçue. Résultat : je me sens nulle et je me remets en question trois fois par jour.

Illusions…

Faisons le point : malgré tous mes efforts de ces derniers mois, j’ai foncé droit dans une impasse. J’ai quitté mon ex parce que je voulais être indépendante et parce que notre relation ne nous apportait plus grand-chose, ni à l’un ni à l’autre. J’y retourne parce que mes velléités d’indépendance se sont heurtées à des mauvaises surprises et à quelques désillusions. J’ai de la chance que monsieur ne soit pas rancunier et qu’il accepte de m’héberger en attendant Godot des jours meilleurs.

Même ce blog alimente le doute. J’aime écrire et partager, mais j’ai peur d’être seulement un personnage, une façade avec rien derrière. Pire, d’être une blogueuse fausse qui veut tellement être exemplaire qu’elle n’a plus assez de souplesse pour vivre simplement sa vraie vie. Est-ce que je suis intéressante ? Est-ce que j’emploie les bons mots pour me faire comprendre ? Est-ce que j’en dis/fais trop ? pas assez ? Suis-je cohérente ? Est-ce que mon blog apporte quelque chose, ou ajoute-t-il seulement du brouhaha sur la toile ? Est-il unique, ou interchangeable avec d’autres blogs plus populaires et plus « légitimes » ?

Quant à mes rêves d’avenir, en ce moment je n’y crois qu’à moitié, et c’est bien là le problème. Je navigue entre enthousiasme créatif, dépréciation (salut l’imposteur !) et envie d’agir de façon plus concrète sur les sujets qui me préoccupent… Comment concilier tout cela et trouver ma place ? Telle est la question à un million. Celui qui trouve la réponse gagne ma reconnaissance éternelle – à défaut du million que je n’ai pas, de toute façon.

La honte d’être soi

Même si j’affirme que j’assume ma singularité et mes choix, j’ai souvent honte de ne pas suivre le chemin de tout le monde, de ne pas avoir un travail stable et bien payé, d’être au chômage la moitié du temps et de rechigner à enchaîner des jobs pourris pour m’en sortir. J’ai honte de répéter toujours les mêmes erreurs, de ne jamais être contente et de persévérer malgré tout dans mes illusions. J’ai honte d’être désagréable et fuyante quand je ne vais pas bien, de m’isoler et de me renfermer tellement je me sens insignifiante et inutile. J’ai honte de faire croire que je vais mieux alors qu’en réalité je n’en suis pas sûre, parce que je n’ai pas encore atteint l’autre rive, l’endroit où je me sentirais assez bien, assez entière, assez libre, assez capable.

Juste assez, c’est trop demander ?

Fonctionner malgré tout

Je sais que je ne peux pas me laisser aller comme ça trop longtemps, parce que c’est la porte ouverte aux antidépresseurs, et qu’il est hors de question que j’avale des pilules pour traficoter mon humeur. De toute façon, je n’ai jamais été un modèle d’équilibre, je n’ai pas dû tirer le bon lot le jour de la distribution génétique des hormones du bonheur… Heureusement (?), à force de « pratiquer » mes états souterrains, j’ai développé quelques parades pour continuer à fonctionner malgré tout. En voici quelques-unes :

  • Relativiser, mais pas trop : lorsque nous nous focalisons sur nos problèmes, nous avons tendance à les amplifier et à occulter ce qui se passe de plus grave ailleurs. Des millions d’êtres humains ne possèdent même pas le quart de ce que j’ai. Je suis consciente d’être privilégiée, même si je traverse une période merdique. En revanche, je dois éviter les excès d’empathie, car souffrir à la place des autres n’aide personne, c’est évident ! Donc relativisons nos problèmes, replaçons-les à leur juste place, mais sans prendre sur nos épaules toute la misère du monde…
  • Dormir : si nous manquons de sommeil, nous serons encore plus déprimé.es et encore moins armé.es pour faire face au quotidien. Personnellement, j’ai besoin de plus de sommeil en hiver, et tant pis pour ceux qui se moquent de mes habitudes de mémé : je respecte autant que possible le rythme de mon corps et celui des saisons.
  • Cuisiner : il arrive que notre déprime soit entretenue par une alimentation déséquilibrée et/ou par une mauvaise digestion. J’ai remarqué que lorsque je prends la peine de cuisiner des choses simples – du riz et des lentilles par exemple, ou une bonne soupe –, je me sens souvent mieux. Je peux paraître chiante à ce sujet, mais c’est parce que je sais que bien manger est vraiment important !
  • Se lancer dans un projet créatif : parfois l’enthousiasme et la motivation viennent en se mettant au travail. Mieux vaut choisir un projet facile ou reprendre un travail entamé pour ne pas avoir à fournir trop d’effort.
  • Faire le ménage : ranger et nettoyer permet de se mettre en mouvement au lieu de larver stérilement. Chez moi, la saleté et le désordre ont tendance à me démoraliser, alors j’évite de les laisser s’installer !
  • Accepter de ne pas être en forme, se déconnecter et se replier temporairement pour se reposer et reprendre des forces : j’aime bien rester tranquille avec un bon livre distrayant (surtout pas un livre de ce genre), une infusion bienfaisante, un stock de chocolat et mes deux petites chattes près de moi. Mais chacun sa façon de se ressourcer !
  • Et aussi : tenir un journal, méditer, réciter des mantras, se promener dans la nature, écouter de la musique relaxante, se masser les pieds.

Pas d’inquiétude, je vais relever la tête et remonter la pente. Ça prendra le temps que ça prendra, mais j’y arriverai – encore une fois…

Quelles sont vos astuces pour remonter la pente en cas de déprime et de découragement ?