Jalousie et perfectionnisme : un cocktail à transmuter

Photo by Jeremy Thomas - Transformer

La jalousie est un vilain défaut, c’est ce qu’on nous répète à longueur de temps depuis notre enfance. Quant au perfectionnisme, si ce n’est pas un défaut à proprement parler, il peut tout de même devenir rapidement inhibant. Je pense pourtant que ces deux « points faibles » peuvent devenir des moteurs pour notre créativité. Comment ? Je vous explique.

Hou, la vilaine jalouse !

J’ai remarqué que j’ai un tempérament jaloux, du moins dans certaines circonstances. Je ressens par exemple une pointe de jalousie quand je découvre le travail d’un artiste doué, quand je contemple un tableau magnifique, une robe somptueuse, une photo superbe, un très bel objet artisanal, une œuvre étonnante, etc.

Je suis également admirative des personnes qui créent des merveilles avec des matériaux de récup’, car la plupart du temps, quand je tente d’en faire autant, ça fait DIY pourri 🙁

Et quand je lis un très bon livre, c’est à la fois jouissif et terrible ! Je me demande si j’atteindrai un jour le niveau de l’auteur, si mes personnages vivront aussi bien dans le cœur des lecteurs le jour où ils sortiront de ma tête…

Inévitablement, mon cœur se serre et je me dis : « Moi aussiii, je veux faire çaaa !!! » (trépignement intérieur).

Je me tape mon petit caca nerveux quand je réalise par la suite que certains savoir-faire ne sont pas à ma portée, et que ma sensibilité et ma manière de travailler sont différentes de celles des artistes que j’aimerais « imiter ».

Bref, admirer le travail des autres m’apporte autant de joie que de frustration.

Vibrer pour la beauté

En réalité, je suis « jalouse » parce que je possède un sens esthétique très développé. J’aime tellement ce qui est beau que j’aimerais être à la hauteur de cet idéal. J’aimerais être capable de rendre à la perfection ce que je vois autour de moi ou ce que j’imagine dans ma tête. Aussi j’admire – et j’envie – ceux qui en sont capables. C’est inhibant et c’est sans doute en partie pour cela que j’ai préféré pendant longtemps ne rien faire plutôt que de me confronter à l’excellence des autres.

Or, je réalise de plus en plus que nous sommes tous différents. Ce n’est pas un scoop, je le sais, mais quand on comprend vraiment que chacun possède sa propre personnalité, avec ses forces et ses faiblesses, il devient plus facile de s’exprimer à sa manière.

Ainsi, chacun développe sa propre grammaire artistique, sa propre manière de faire. Et le meilleur moyen de réussir et de se sentir bien, c’est de faire les choses à sa façon !

Faire le point avec lucidité

Lorsqu’on se surprend à faire preuve de jalousie envers un autre artiste ou créateur, ou lorsqu’on reste bloqué devant notre support parce que notre perfectionnisme nous bloque, on peut s’arrêter pour faire le point. On peut lister ce qu’on sait bien faire et ce qu’on aime, mais aussi ce qu’on ne sait pas faire avec aisance et ce qu’on n’aime pas. Quelles leçons avons-nous tiré de nos expériences ? Qu’est-ce qui marche pour nous, et qu’est-ce qui fonctionne moins bien ? Ce petit exercice peut nous éviter de nous lancer dans un projet hors de portée, qui va nous apporter colère, frustration et/ou découragement.

Par exemple, je sais que :

  • Je n’ai pas la patience de préparer des heures mon travail ni de passer des jours, des semaines ou des mois avant d’obtenir un résultat. (Sauf si je suis accompagnée, ou dans le cadre d’un projet collectif.)
  • Je ne suis pas douée pour la composition en peinture et en dessin. Dès que je tente une scène un peu complexe, avec premier plan, second plan et arrière-plan, le résultat est inexplicablement plat, surchargé ou fouillis.
  • Je ne suis pas vraiment douée non plus avec la colorisation de mes dessins, car ils perdent du relief en même temps qu’ils gagnent de la couleur. En peinture, mon style est plus « naïf » que réaliste.
  • J’aime feuilleter des livres pour apprendre et m’inspirer. Je m’enthousiasme pour de nombreuses techniques, mais j’ai compris, au fil du temps, que si un projet est trop complexe ou s’il nécessite trop de matériel, je vais abandonner avant la fin – voire avant le milieu. Je préfère faire simple. (Sauf si je suis accompagnée, ou dans le cadre d’un projet collectif.)
  • J’aime écrire, cependant j’ai du mal à développer mes idées pour en faire un roman. J’écris donc plutôt des nouvelles, de temps en temps. Il y a quelques années, j’avais réussi à écrire trois romans, mais ils ne me satisfaisaient pas et j’ai détruit les fichiers l’année dernière pour repartir de zéro (je vous ai déjà dit que j’étais extrême).
  • Je n’aime pas tellement le patronage de vêtements, la mise au point me semble toujours trop fastidieuse. Je me rabats donc la plupart du temps sur des patrons du commerce, même si j’ai des idées de créations personnelles. (Sauf, encore une fois, si je suis accompagnée ou si c’est pour un projet collectif.)
  • Au positif, je suis soigneuse et les finitions de mes vêtements sont propres. Par contre, une fois que c’est cousu, c’est cousu. J’ai horreur de défaire…
  • J’aime les couleurs, les matières et les textures. J’ai du goût pour les assortir, dans n’importe quel domaine artistique.
  • Je suis relativement lente, mais je sais que je peux être rapide et spontanée quand j’ai une vision claire de ce que j’ai envie de faire.

Transcender les blocages pour créer quand même

Une fois nos atouts et nos « points faibles » mis au clair, il nous reste toujours une marge de manœuvre. On peut choisir de prendre des cours pour apprendre une technique ou progresser dans celle(s) qu’on connaît. Ou on peut préférer travailler uniquement à partir de notre « nature » – et accepter éventuellement de rester un amateur. C’est bien aussi. On peut même alterner les deux approches.

Dans tous les cas, on évite de comparer ce qui n’est pas comparable et de se mesurer à des artistes qui ont des milliers d’heures de pratique derrière eux… Car l’art, de même que l’artisanat, est un travail de longue haleine. Hormis peut-être quelques génies, on ne maîtrise pas une technique en trois cours ! (Ça remet les idées en place, pas vrai ?)

Quant à la pure émotion esthétique, celle que nous ressentons devant un beau paysage par exemple, on peut la laisser passer et la remercier, ou la traduire à notre façon dans une œuvre personnelle et… librement imparfaite. Ça demande plus qu’un peu de lâcher-prise, ce n’est pas moi qui vais vous dire le contraire 😉

Pour résumer, la jalousie que nous ressentons face au travail des autres est souvent due à notre sens esthétique développé. Elle peut nous pousser à nous améliorer ou à accepter pleinement nos limites, pour développer notre propre façon de faire. Dans tous les cas, il est important de prendre conscience qu’on ne peut pas s’approprier le talent des autres, on ne peut que développer le nôtre. Le perfectionnisme concerne notre envie de traduire parfaitement notre ressenti et notre vision. À nous de dépasser notre frustration quand ce n’est pas le cas, à apprécier le processus créatif en lui-même (pas seulement le résultat), et à chercher un bon professeur pour nous guider si besoin.

Et pour finir, voici ma petite méthode personnelle pour éviter de me faire du mal quand je « sature » devant les merveilleuses réalisations des autres : je coupe tout. Comme ça, je me concentre sur ce que j’aime faire et je ne me confronte qu’à moi-même. Je m’ouvre un petit espace de liberté. Jusqu’à mon prochain caca nerveux.

Connaissez-vous ce genre de sentiments ? Y trouvez-vous de quoi booster votre créativité ?