Mille et (surtout) une phobies

Photo by ninocare - Phobies

Comme je vous le confiais ici, je suis bourrée de phobies. J’ai quelques petites particularités anecdotiques et amusantes, mais aussi une vraie phobie sérieusement handicapante dont je vais essayer de vous parler un peu, histoire de me sentir moins seule. Entrez, entrez avec moi dans le train de l’angoisse… J’offre le voyage gratuitement 😉

Je suis phobique (et je le reste)

En gros, j’ai peur : des hauteurs et des profondeurs, de la foule, du feu, de la neige, des clowns, des araignées, du bruit, de conduire, des microbes, des avions, des bateaux (mal de mer), des scalpels et des couteaux, de sentir mauvais, des moments « chenille » et « tournage de serviettes » pendant les fêtes de famille, etc.

Bref, un catalogue très hétéroclite (et non exhaustif), propre à fasciner un psychanalyste pendant quelques lucratives années.

Mais la pire de mes phobies, la phobie number one de mon palmarès, c’est l’émétophobie, c’est-à-dire la phobie des vomissements. Les miens ou ceux des autres. Cette phobie me vient de ma mère (merci du cadeau), qui comme moi a testé plusieurs méthodes pour s’en débarrasser, sans succès. Je n’entrerai pas dans le détail des thérapies censées nous libérer du fardeau de la phobie, ce n’est pas le propos. En plus, comme je viens de le dire, elles n’ont pas fonctionné.

Vivre avec une phobie qui prend toute la place

On peut vivre (je crois) en ayant peur des clowns et des chansons de Patrick Sébastien. Les choses se corsent quand on redoute de manger, de sortir de chez soi ou de côtoyer des personnes potentiellement recouvertes de microbes dégoûtants.

Trois fois dans ma vie, j’ai été littéralement engloutie par ma phobie. Tout tournait autour d’elle, elle prenait toute la place, comme un linge humide et gluant recouvrant mon corps. Il m’était impossible de manger quand je devais sortir, je craignais sans arrêt d’être malade ou d’être en contact avec des personnes malades, je faisais au moins une crise d’angoisse par semaine (une presque tous les jours en période critique) et toute allusion à un éventuel mal de ventre me tordait les tripes, ajoutant à mon anxiété.

J’ai dû adopter des stratégies pour éviter les situations les plus « dangereuses » et j’ai bien évidemment réduit mes prises alimentaires, au point de frôler l’anorexie. Au début de la vingtaine, j’ai même absorbé des anxiolytiques pendant plusieurs mois, et il m’a été assez difficile de m’en libérer le moment venu.

Quand l’arbre-phobie cache la forêt-message

Cependant, après avoir traversé trois fois cette épreuve en 35 années de vie, j’ai réussi à en tirer un schéma directeur et un sens. Comme quoi tout est possible.

D’abord, ma phobie présente une utilité : avec elle, impossible d’abuser des bonnes choses et aucun risque de sombrer dans l’alcoolisme. À petite dose, c’est une sorte de garde-fou qui me préserve des excès et qui se rappelle à moi dès que je dépasse les limites de ce que mon corps peut supporter.

Ensuite, elle ne devient envahissante que lorsqu’elle a un message à me faire passer. Quand quelque chose, dans ma vie amoureuse, relationnelle et/ou professionnelle, dysfonctionne sans que je m’en rende compte consciemment. Cela peut paraître dingue, mais c’est ce que j’ai constaté.

Par conséquent, au lieu de tenter par tous les moyens de supprimer cette phobie, j’apprends désormais à vivre avec et à écouter ses messages. L’équilibre est fragile, c’est loin d’être drôle et j’ai conscience que c’est un peu tordu de « préférer » souffrir que me soigner, mais j’ai l’habitude d’être tordue de toute façon 😉

Je sais qu’il y a de fortes chances pour que je revive une ou plusieurs périodes de « crise totale » qui me contraindront à effectuer de nouveaux changements dans ma vie. J’espère seulement bénéficier de quelques années plus douces avant de replonger…

Avez-vous des phobies ? Avez-vous suivi des thérapies pour vous en libérer ? Si non, comment faites-vous pour vivre avec ?