Les poisons de l’artiste #1 : la critique

Photo by Freeimages9 - La douloureuse piqûre de la critique

Je commence une petite série de 2 ou 3 articles consacrés à ce qui, selon moi, peut détruire ou endommager durablement la confiance en soi d’un artiste ou d’un créateur. Aujourd’hui, je m’attaque à la critique. Aïe, ça fait déjà mal, pas vrai ? Pourtant, si elle est souvent piquante et douloureuse, la critique est quelquefois justifiée et elle peut même nous aider à nous améliorer. Mais où se situe la différence entre critique constructive et malveillance ? C’est ce que nous allons voir ici.

La critique gratuite motivée par la méchanceté

N’importe quelle personne qui se met en avant – de façon créative ou non – est susceptible d’avoir affaire à la critique. Chanteurs, politiciens, humoristes, écrivains, acteurs, cuisiniers : personne ne fait l’unanimité. Et c’est normal. Ce qui l’est moins, c’est de recevoir des critiques violentes, injustifiées et/ou hors sujet (sur son poids, sa sexualité ou sa couleur de peau, par exemple). Malheureusement, c’est souvent le cas.

Je ne vais pas m’étendre là-dessus, parce que cette manière de critiquer est purement malveillante, souvent raciste, sexiste, violente et agressive. Elle est (très) blessante, mais si l’on parvient à s’en détacher, elle n’est pas nécessairement source d’échec ou de remise en question de notre talent – étant entendu qu’elle n’a rien à voir avec notre talent.

Il faut se dire que les trolls, les langues de vipère et les imbéciles feraient mieux d’employer différemment leur temps, et aussi qu’ils doivent être fort malheureux dans leur vie pour être aussi méchants !

Les critiques dues à l’incompréhension ou à des divergences de goût

Venons-en maintenant à certaines critiques plus ou moins bien intentionnées qui peuvent provenir de plusieurs sources. Dans mon cas, ce sont mes proches qui me gratifient des réflexions les plus pénibles. J’aurais pu attendre le contraire, mais il est bien connu que nul n’est prophète en son pays, alors j’en ai pris mon parti…

J’ai publié il y a quelques années deux recueils de nouvelles et trois romans, mais je les ai retirés de la vente devant leur insuccès flagrant. Selon ma mère, mes écrits manquaient de dialogues et elle les trouvait trop sombres, trop morbides, trop pénibles à lire. Or, ceci est un avis personnel qui traduit ses préférences et ses habitudes de lecture. Quelque part dans le monde, un autre lecteur aurait pu aimer mon style, mon univers et ma manière de construire mes histoires. Je reconnais toutefois que quelques dialogues supplémentaires auraient probablement pu contribuer à fluidifier la lecture et clarifier les relations entre mes personnages.

Mais voici mon frère qui, fort de son diplôme dans l’édition, m’assène que j’écris mal, que ce n’est pas intéressant, que j’emploie des mots trop compliqués et qu’en plus je le fais à mauvais escient. Si je laisse de côté sa formulation volontairement blessante, il y a sans doute un fond de vérité dans la critique de mon frère. Je sais que mon style est relativement lourd, par exemple. Malgré tout, si on ne peut jamais se faire plaisir avec un mot qui envoie des paillettes, du genre immarcescible, antédiluvien ou chryséléphantin, alors à quoi bon écrire ? D’ailleurs, j’ai très envie de caser le jouissif dromiceiomimus depuis que je l’ai rencontré à Noël dans un livre sur les dinosaures… Voilà qui est fait 😉

Bref, ici nous avons affaire à des réflexions qui, si elles présentent le mérite d’être sincères, expriment principalement un avis personnel, sans offrir directement d’alternative, d’ouverture ou de piste pour d’éventuelles améliorations. Il s’agit de jugements biaisés, parfois nourris de malentendus et d’incompréhensions. Une personne qui crée doit donc apprendre à accepter les réflexions malhabiles de son public.

La critique constructive qui vise à l’amélioration

Il convient maintenant de distinguer un autre genre de critique : la critique constructive.

En 2012, alors que j’avais (fièrement) envoyé le premier jet de mon livre à mon éditrice, celle-ci n’a pas validé mon travail. Elle m’a demandé d’y apporter des modifications, car je n’avais pas respecté l’esprit de la collection dans laquelle mon ouvrage allait s’intégrer. Obtuse, butée et bornée que je suis, j’ai commencé par réagir en me disant : « Quoi ? On remet en question mon travail ? On me remet en question ?! Pas question ! Je ne me laisserai pas faire ! » Et j’ai tout verrouillé, j’ai fermé mon cerveau et je l’ai mis en grève quelques heures. (C’est con comme fonctionnement, je sais bien, mais j’y peux rien !) Mon éditrice a eu le tact de m’expliquer len-te-ment et avec des mots soigneusement pesés ce que j’avais besoin d’améliorer dans mon manuscrit, et j’ai pu le faire avec l’esprit clair. J’avais compris que ce n’était pas une attaque personnelle.

Un artiste ne fait pas la différence entre lui et son travail, parce que ce travail reflète une part très intime de lui-même. Il n’y a aucune frontière entre ce que l’artiste lâche sur la toile, sur la scène ou sur n’importe quel support, et ce qu’il est profondément. C’est pour cela qu’il est si difficile de recevoir avec sérénité les commentaires des autres. Or, il est important de savoir remettre en question son travail, même si ce n’est pas évident – surtout quand on a beaucoup bossé sur un projet et qu’on est personnellement satisfait du résultat. C’est plus simple d’encaisser une remarque ou un conseil quand on sent que quelque chose cloche, ou quand on est conscient d’avoir bâclé le boulot…

Poison ou aiguillon, la critique doit être assimilée

Pour conclure, je dirais qu’il est nécessaire de se préparer aux commentaires désagréables et douloureux qui ne manqueront pas de tomber dès que notre talent, notre travail ou notre personnalité seront rendus un tant soit peu publics. Certains sont plus endurcis que d’autres face à la critique. Pour ceux qui prennent tout à cœur, voici quelques conseils :

  • Si une critique nous blesse, accepter de vivre notre émotion puis faire en sorte de l’évacuer rapidement pour éviter de la ruminer : crier, pleurer, nous défouler physiquement, écrire dans notre journal, etc.
  • Prendre du recul et identifier à quelle catégorie cette critique appartient : méchante et gratuite, maladroite mais avec éventuellement un fond de vérité, justifiée et constructive, etc.
  • En cas de doute, nous tourner vers une personne avisée qui connaît le domaine dans lequel nous travaillons et pourra nous apporter ses conseils.
  • Accepter de nous remettre en question si besoin.
  • Laisser de côté les critiques qui ne servent à rien d’autre qu’à polluer notre esprit : penser plutôt aux retours positifs que nous avons eus.
  • Continuer à créer… (nananère).

Avez-vous déjà été confronté.e à la critique ? Était-elle utile ? Qu’avez-vous fait pour la surmonter et pour reprendre confiance en vos capacités créatives ?