Les poisons de l’artiste #2 : quand personne n’adhère

Photo by Michael Gaida - Face à l'indifférence

On a vu la semaine dernière que la critique peut être un poison ou un aiguillon pour l’artiste. Un autre problème se pose cependant lorsque l’on souhaite percer et réussir dans un domaine créatif : le manque de soutien, voire l’indifférence pure et simple du public. Ce désintérêt cuisant est presque plus dur à supporter que la critique, qui implique au moins que quelqu’un s’est penché sur notre travail. Mais avant de tout laisser tomber pour partir nous enterrer dans une grotte dordognote, réfléchissons à nos alternatives…

Verdict : sans intérêt

Imaginez que vous êtes un humoriste, un comédien ou un chanteur qui va monter pour la première fois sur scène : vous êtes à la fois excité et dévoré de trac à l’idée de faire face à votre public. Imaginez maintenant que vous vous retrouvez face à une salle presque vide, où le public clairsemé ne prête aucune attention à votre prestation. Vous constatez que votre famille et vos amis n’ont même pas pris la peine de venir vous encourager. Votre cœur se serre et vous n’avez qu’un désir : retourner dans votre loge pour pleurer une rivière – ou pour tout casser.

Imaginez maintenant que vous êtes un jeune auteur enthousiaste qui vient de publier son premier livre, après des mois d’écriture puis de corrections laborieuses. Ou bien que vous êtes un artiste qui vient de décrocher son premier vernissage dans une galerie. Sauf que… personne n’achète votre travail. Dans l’indifférence la plus totale, votre livre se retrouve sur l’étagère des invendus, vos tableaux n’attirent guère l’attention des collectionneurs. Grand moment de solitude qui peut se prolonger des mois avant que vous ne vous résigniez à conclure que votre travail n’intéresse personne.

Quand le succès tarde à se pointer

L’un ou l’autre de ces scénarios tient peut-être du vécu pour certain.es d’entre vous. C’est en tout cas du vécu pour moi. Lorsque j’ai publié mes romans et mes recueils de nouvelles sur ce site, personne ne les a achetés. J’ai fini par envoyer à ma famille mes propres exemplaires, pour le résultat que l’on sait.

Il y a une douzaine d’années, je me souviens avoir essayé de vendre mes créations textiles (des poupées de chiffon et des animaux en feutrine) lors d’un marché de Noël associatif puis lors d’une vente de quartier : les rares personnes à être passées devant mon stand ont trouvé mon travail joli, mais personne n’a sorti son porte-monnaie pour s’offrir quoi que ce soit… Je suis rentrée déçue, avec mon stock au complet et plus aucune envie de coudre.

Autre exemple, dont j’ai déjà parlé ici : mon blog peine un peu à trouver un lectorat. Les premiers temps, cela me désespérait, car j’avais l’impression de bloguer dans le vide, juste pour me parler à moi-même. Personne ne me lisait, pas même mes proches (encore une déception) !! Je doutais de jamais toucher aucun lecteur avec mon blabla. Heureusement, je constate que cela décolle depuis quelques semaines – merci 🙂 –, même si je n’ai pas encore atteint les statistiques de mon ancien blog *, qui pourtant n’étaient pas exceptionnelles.

Il faut savoir être patient… très patient !

Rebondir (sans se prendre un mur)

Bon, je serais ingrate si je disais que mes proches ne m’ont jamais soutenue dans mes projets (parfois fumeux, j’avoue). Je crois surtout que leurs centres d’intérêt diffèrent des miens et que nous ne nous comprenons pas toujours très bien, surtout quand je change brusquement d’orientation, d’activité, d’ambitions…

Il n’empêche que se retrouver seul.e face au vide fait très mal. Il n’est pas facile de comprendre pourquoi notre travail est boudé, pourquoi il passe inaperçu, pourquoi les portes ne s’ouvrent pas, même après des années d’efforts acharnés. Sur ce point, comme sur tant d’autres, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse et encore moins la formule magique. Ce que je peux dire en revanche, c’est qu’il faut être résilient pour pouvoir rebondir et se remettre en route. Comment ?

  • Tout d’abord en nous faisant plaisir. Si nous conservons le plaisir de créer, ce plaisir rejaillira sur notre production et sur notre moral !
  • Ensuite, en nous remettant en question. C’est la phase la plus difficile, comme d’habitude. Nous pouvons nous demander si notre orientation est la bonne, si nous voulons vraiment monétiser notre passion, si les sacrifices consentis jusqu’ici en valent la peine, si notre travail est suffisamment qualitatif pour attirer le public et, le cas échéant, être commercialisé… ?
  • Puis en essayant différemment, en tapant à de nouvelles portes, en envisageant de nouvelles pistes afin de ne pas toujours refaire les mêmes erreurs. Il paraît que les « échecs » permettent d’apprendre et mènent parfois au succès à force de persévérance !
  • Pour finir, en demandant de l’aide, en étant capable d’aller chercher un autre regard et du soutien. C’est un conseil que j’ai beaucoup de mal à suivre car je suis réticente à m’ouvrir et que j’ai peur de devoir quelque chose à quelqu’un. Pourtant, faire appel à un coach, intégrer un réseau chaleureux et actif, ou encore consulter un expert permet souvent de sortir de l’ornière… puis de l’ombre.

N.B. : Cet article peut sembler très négatif et peut même ressembler à une litanie de toutes mes déceptions. En réalité, si mon chemin est loin d’être pavé d’or, je suis encore là et j’essaie encore. Je souhaite prouver que, malgré les déceptions, malgré l’indifférence du public, on peut encore avoir envie de créer. On peut encore avoir la force de proposer de nouvelles choses. Quelque chose me pousse à continuer, peut-être que vous aussi… Et si nous nous encouragions mutuellement ?

Avez-vous déjà été confronté.e à l’indifférence du public ou au manque de soutien de vos proches ? Qu’avez-vous fait ? Avez-vous persévéré ou abandonné ?

* Édit du 4 décembre 2017 : je viens de fermer définitivement mon ancien blog et de supprimer le lien qui y menait.