Les poisons de l’artiste #3 : soi-même

Photo by Wokandapix - Quand on se bloque tout seul

Après la critique et le manque de soutien, vous pensiez avoir fait le tour de tout ce qui empoisonne la vie d’un artiste ? Préparez-vous à déchanter, parce que le pire poison pour un individu créatif, c’est… lui-même. Eh oui, on n’est jamais mieux (des)servi que par soi-même – autosabotage, quand tu nous tiens…

Quand on se met plus bas que terre

Combien sommes-nous à connaître des périodes de disette créative, quand l’inspiration peine à percer et que nous nous disons « ça y est, c’est fini, je n’y arriverai plus » ? Combien sommes-nous à observer notre production en pensant qu’elle ne vaut rien, que notre travail est inutile, voire illégitime, et que celui des autres est infiniment meilleur ?

Et nous voilà au fond de notre lit, à sangloter en nous répétant que nous sommes nuhuhuhul, avec la morve qui coule et tout et tout (oui, j’ai décidé de vous vendre du rêve aujourd’hui).

Il est vrai qu’un artiste est rarement sûr de lui et de son travail. Beaucoup de créateurs traversent des périodes de découragement. C’est difficile, mais il faut apprendre à vivre avec ces phases d’incertitude et/ou de désespoir, qui ne sont pas forcément entièrement négatives. Bien sûr, mieux vaut éviter de les cultiver et de s’y engluer : c’est en les surmontant et en les sublimant que nous pouvons faire évoluer notre créativité.

Matisse disait : « La créativité demande du courage. » Le courage de se remettre en question, de se relever après un échec, de se mettre à nu, de s’offrir, de créer quels que soient les aléas du destin, de surfer entre les vagues de la folie et de l’autodestruction, de savoir s’émerveiller et retranscrire la beauté du monde, d’apprendre, de transmettre des idées, de dénoncer des injustices, de cultiver l’espoir, de proposer un autre regard sur la réalité…

Alors, quoi qu’il arrive, rappelons-nous que personne n’est nul. Personne. Le monde a besoin de notre contribution, aussi modeste soit-elle.

Quand on remet tout aux lendemains qui chantent

Qui n’a jamais repoussé une corvée en disant « je le fais demain sans faute » ? Il se trouve que l’artiste a tendance à faire de même avec son travail : il commence demain… si tout va bien.

Cela peut arriver quand nous sommes paralysé.es par l’ampleur de notre projet, quand nous ne disposons pas d’un créneau horaire suffisant pour nous y mettre sérieusement, quand nous n’avons pas le bon matériel sous la main, ou bien quand trop d’idées fusent dans notre tête et que nous ne parvenons pas à les départager.

Alors on grignote, on surfe sur Internet, on fait le ménage (ou du shopping), on fume, on regarde des inepties à la télé, on sort avec des amis, et ainsi de suite. On fait tout pour éviter de nous confronter à notre projet créatif. Pour ma part, je procrastine principalement en lisant. Je lis des livres pour bien écrire, des livres pour être plus créative, des livres de couture, des magazines et des blogs inspirants… Et je ne fais rien de mes dix doigts. C’est le comble, non ?

Dans ce cas, pas besoin de chercher minuit en plein jour, il faut se foutre un coup de pied au cul et s’y mettre. Quitte à bloquer des plages réservées à notre créativité dans notre agenda et à lister chaque étape de notre projet pour ne pas nous éparpiller.

C’est en créant que l’envie de créer se réveille !

Quand on cherche la perfection (et qu’évidemment on ne la trouve pas)

Me voici dans mon atelier, face à une contrariété : mais putain, c’est quoi ce pli au niveau de l’emmanchure, et cette couture qui gondole ? C’est quoi cette couleur chiasseuse sur ma palette ? Pourquoi ma tête de chat ressemble à une tête d’ours mâtinée de cochon et de lapin ? Mais j’étais droguée quand j’ai écrit ce texte pourri, ou quoi ? Quel travail de merde, c’est insoutenable ! Et si j’arrêtais de gâcher du matériel et de perdre du temps, hein ?!

Supporterait-on un patron qui nous traiterait ainsi ? Oserait-on invectiver notre meilleur.e ami.e de la sorte ?

Je ne crois pas.

Alors traitons-nous avec davantage de douceur. Cessons de nous insulter à chaque boulette. Soyons plus indulgent.es et commençons par nous réconforter avant de chercher des solutions pour réparer notre erreur (et éviter de la refaire). Un peu de bienveillance et quelques encouragements feront du bien à notre enfant intérieur, terrorisé par nos exigences insensées et nos colères démesurées au moindre faux pas.

Même s’il est dans la nature de l’artiste d’être insatisfait, la perfection est une illusion, alors… du calme !

C’est à vous ! Quelle est votre stratégie préférée pour mettre des bâtons dans les roues à votre créativité ?