De la difficulté de s’ouvrir aux autres

Photo by Marcus Dall Col - Bernard-l’hermite sur la plage

Samedi dernier, je me suis fait draguer. Je me promenais au parc près de chez moi, lorsqu’un jeune homme m’a accostée et m’a rapidement demandé mon numéro. Vu que je refusais de le lui donner (il était sympa, mais un peu trop insistant à mon goût), il m’a demandé pourquoi j’étais si « fermée ». C’est-à-dire coincée dans ma coquille… comme un bernard-l’hermite.

No Trespassing, Beware of Everything

Le pire, c’est que ce garçon (qui n’a pas eu mon 06, au fait) a raison : je suis fermée. Claquemurée, même. Si j’en reviens à la métaphore de la porte, prendre le risque de l’entrouvrir me semble quasiment insurmontable. Surtout qu’elle ne peut pas rester simplement entrouverte, elle doit ensuite s’ouvrir complètement pour laisser quelques personnes entrer. Et pour me laisser sortir vers le monde extérieur, si je veux. C’est un peu tout l’intérêt d’une porte !

Si je me sens de plus en plus à l’étroit derrière ma porte (ou dans ma coquille, selon l’image que l’on préfère), je me méfie des épreuves à traverser pour élargir mon horizon. Je n’ai pas trop appris la confiance dans ce domaine, disons. Même avec ma famille et mes amis, je ne parviens pas à être tout à fait accessible, de peur de…

De peur de quoi, au juste ?

Mystère.

Pourquoi ne s’aventure-t-on pas dans les relations humaines ?

  • Cela peut être parce que nos parents étaient eux-mêmes peu sociables, qu’ils sortaient ou recevaient peu, qu’ils se méfiaient des autres.
  • Cela peut être par timidité ou introversion.
  • Cela peut être à cause de moqueries ou d’humiliations subies en public, à l’école par exemple, et qui ont été vécues comme autant de traumatismes. C’est particulièrement violent pour les enfants sensibles et pour ceux qui manquent déjà de confiance en eux.
  • On peut aussi avoir expérimenté une trahison, ou bien avoir été manipulé ou harcelé par une personne toxique, ce qui provoque beaucoup de honte et d’angoisse.
  • Cela peut être suite à une maladie, à une dépression ou à une période de chômage prolongée, quand l’estime de soi en a pris un coup et qu’on est resté trop isolé, trop longtemps.
  • Cela peut être aussi à cause d’un penchant paranoïaque.
  • Ou encore par peur du rejet, de l’abandon, de la déception ou, à l’inverse, de l’attachement, de l’intimité, de la dépendance, etc.

En public, lors d’une conversation, on peut répugner à s’exprimer parce qu’on se sent inintéressant, bête, médiocre. Ou, au contraire, parce qu’on ne souhaite pas se mettre en avant et monopoliser la parole quand, par hasard, on maîtrise bien le sujet discuté (par les autres). Paraître prétentieux et soûlant est en effet aussi effrayant que sembler creux et insignifiant. Du coup, dans les deux cas, on ferme sa gueule et on attend (que l’autre se lasse et s’en aille, que la soirée se finisse, que le mauvais moment se termine).

Toc, toc, toc ?

En réalité, si on se protège à l’excès des relations humaines, c’est surtout pour limiter la souffrance. Pour ne pas souffrir, on ne tisse pas de liens profonds. Pour ne pas être ridiculisé, on ne se livre pas et on reste à l’écart. Pour ne pas déranger ou être dérangé par la suite, on ne fait jamais le premier pas. Le problème, c’est que ce fonctionnement limite aussi les belles expériences.

Un jour ou l’autre, il faut se remettre en question, regarder en face son problème et lui faire un pied-de-nez. Il faut désactiver les traumatismes du passé pour aller de l’avant. Il faut repérer ses stratégies d’évitement habituelles afin de modifier petit à petit son comportement. Il faut apprendre à aller vers les autres et à initier la conversation. Il faut apprendre à s’exprimer sans avoir honte, apprendre à dire, demander, partager. Il faut décider de se faire confiance et de faire confiance aux autres – au moins un minimum…

Belles paroles, hein… ? C’est plus facile à dire qu’à faire !

À ce stade, il faut être réaliste : demander l’aide d’un psy, d’un coach ou d’un thérapeute psychocorporel est souvent nécessaire. Je suis moi-même accompagnée dans ce cheminement. Et ce n’est pas parce que j’ai refusé les avances d’un dragueur peu subtil que je ne vais jamais réussir à ouvrir la porte à qui que ce soit. D’ailleurs, j’ai bel et bien ouvert un blog… Grande fierté 🙂

Vous a-t-on déjà reproché d’être trop fermé.e ? Qu’avez-vous fait pour vous ouvrir, pour sortir de votre coquille ?