Réapprendre à s’émerveiller

Photo by Luca Zanon - S'émerveiller devant un lever de soleil

Un vilain jour, alors que je pataugeais dans le marasme de mon mal-être, ma sœur m’a fait remarquer que je ne savais plus m’émerveiller. Alors que je lui avais toujours répété à quel point l’émerveillement était une faculté essentielle dans la vie ! J’ai pris note de sa réflexion, mais sans parvenir tout de suite à relever la tête et à remarquer les belles choses qui m’entouraient. Il m’a fallu du temps pour retrouver mon émerveillement…

Vivre une demi-vie, notre lot quotidien 

La vie actuelle ne nous facilite pas la tâche. Elle se résume souvent à la fameuse formule « métro, boulot, dodo », avec cependant quelques variantes : auto ou vélo, Polo (aka Pôle emploi), frigo, FOMO et inso(mnie).

Difficile dans ces conditions de se connecter à la beauté qui nous entoure et d’apprécier les bonnes choses du quotidien. La tête dans le guidon, voyons-nous encore les nuages dans le ciel, la fleur qui pousse entre les pavés, le sourire du bébé dans sa poussette, l’hirondelle qui va nourrir ses petits sous un toit ? Entendons-nous encore les oiseaux qui pépient, les rires spontanés, le silence ? Et l’air sur notre peau, le sentons-nous ? Avons-nous bien apprécié les premières fraises, le dernier carré de chocolat, notre repas de midi ?

Ah… on verra demain.

Peut-être.

Dans mon cas, j’étais engluée dans un quotidien morose, mon autoentreprise était en perte de vitesse, mon couple aussi, et par-dessus le marché, ma santé n’était pas florissante. J’étais en plein burn-out. Je vivais comme une morte-vivante, j’ai d’ailleurs peine à croire aujourd’hui que j’ai vécu aussi longtemps avec aussi peu de joie.

Et l’émerveillement fut

Que s’est-il passé ? Je me suis réveillée.

Je ne sais pas exactement comment, ni quand. Cela s’est passé très progressivement, presque à mon insu. Un jour j’ai admiré un coucher de soleil, allongée sur mon transat. Un autre jour, j’ai examiné une coccinelle avec attention et je l’ai trouvée magnifique. Une autre fois encore, le soleil et l’air sur ma peau m’ont revivifiée alors que je sortais faire une course ennuyeuse… J’ai vu les fleurs du jardin d’un autre œil, la nature, les saisons, la vie.

S’émerveiller est un besoin (attention, je vais dire un gros mot)… spirituel. Nous avons tous besoin de cette transcendance, de cette reconnexion à quelque chose de plus grand que nous. Nous ne pouvons pas fonctionner très longtemps en mode robot, même si nous nous croyons au-dessus de ces fadaises mystiques.

Il ne s’agit pas de tomber en arrêt devant chaque fleur en braillant « c’est trop mimiiiii ! », ni même de gober les mouches d’un air béat devant un magnifique paysage. L’émerveillement est comme un sursaut dans le silence de notre cœur, quelque chose qui nous transporte de l’intérieur. D’un seul coup, nous nous ouvrons, nous voyons vraiment les choses, nous ressentons pleinement nos émotions (parfois avec un air béat), nous percevons les odeurs et les sons avec plus d’acuité… Nous sommes là, vraiment là, en plein cœur de la vie. C’est merveilleux, n’est-ce pas ?

Et vous, savez-vous vous émerveiller ?