Savoir exprimer son ressenti pour mieux créer

Photo by My life through a lens - Définir son ressenti pour créer

Jeudi dernier, enrhumée et embrumée, j’ai subi suivi ma séance mensuelle avec ma thérapeute. C’est elle qui, avec beaucoup de patience et de bienveillance, m’aide à m’ouvrir, à prendre confiance en moi et à bien d’autres choses encore. Ce jeudi-là, elle m’a imposé un exercice trèèès difficile : fermer les yeux, me visualiser en train d’exprimer mes besoins à une personne proche et ressentir les émotions qui surgissent. Enfer et damnation, mais pourquoi moi ?

Ma thérapeute me torture

À la base, je devais m’exprimer à haute voix. Rien n’a pu sortir. Je sentais que si j’ouvrais la bouche, j’allais craquer et me mettre à pleurer. Or, bien que j’accorde toute ma confiance à ma thérapeute, l’idée de pleurer pendant une séance est insupportable. Quant à exprimer ce que je ressens… Résultat, j’ai froncé les sourcils, j’ai pianoté sur la table de consultation, je me suis tortillée dans tous les sens, mais impossible de verbaliser mon ressenti, en partie parce que je ne l’identifie pas correctement, en partie parce qu’il risque d’être trop fort si je lui lâche la bride.

Maintenant que j’y repense, pleurer aurait peut-être paru moins ridicule… Bon.

Après la séance, j’ai fait les courses, vu que je n’avais plus rien dans mes placards. Je me suis demandé si j’allais me mettre à chialer devant le distributeur de pois chiches ou si j’allais tenir le coup jusqu’au retour, en sécurité, chez moi. (J’ai tenu, de justesse.)

Je ressens quelque chose, moi ? No way !

Depuis toute petite, j’ai patiemment appris à tout intellectualiser pour éviter les montagnes russes émotionnelles. Je ressens tout très intensément, alors j’ai cultivé le contrôle. Il est parfois imparfait (mettez-moi devant ma pire phobie et vous verrez), mais jusqu’ici je me sentais protégée par cette insensibilité factice et par les digues en béton armé que j’avais érigées dans ma tête.

Or, depuis que je suis végétarienne, je suis plus à l’écoute de moi-même, je suis (légèrement) plus sereine et j’ai davantage d’intuition. En outre, ma sensibilité créative s’est réveillée et mon inspiration me demande un peu plus de lâcher-prise. Étrange… un peu déstabilisant… mais finalement réjouissant !

Et la dimension créative et artistique, dans tout ça ?

Selon moi, l’art n’est pas un processus intellectuel – en tout cas, il ne devrait pas être intellectualisé à l’excès. Sinon, il devient rapidement vide, froid, creux, répétitif et artificiel. Ainsi, en vivant uniquement dans mon cerveau et dans le contrôle, j’appauvrissais ma créativité. Je cherchais mon inspiration dans les livres ou dans ma tête – et je me plaignais que rien de bon n’en résulte. Même si l’inspiration se trouve partout, y compris dans les livres ou dans la tête, elle passe par de multiples autres canaux, dont celui des sensations et des émotions. Et là, encore faut-il savoir ce que l’on ressent.

Peur, colère, honte, gêne ? Émerveillement, joie, légèreté ? Tout cela peut s’exprimer dans une œuvre, pour peu que cela remonte consciemment à notre attention et que l’on permette au corps de vivre sa sensation, son émotion. Ce qui est pénible, ce qui est agréable, ce qui est douloureux, ce qui est beau, peut se traduire dans une chanson, une peinture, un poème, une poterie, un mouvement de danse, etc.

Ainsi, l’art devient sensoriel – voire sensuel –, habité et vivant.

Comment savoir ce que je ressens et le traduire dans mes créations ?

Comme vous pouvez le constater, je suis en plein apprentissage de ce processus. Je suis encore beaucoup dans le contrôle et dans l’intellectualisation, j’ai des difficultés à canaliser et à poser sur papier ce que je ressens profondément. Je cherche mon chemin, je guette tous les signes encourageants…

Quoi qu’il en soit, mes récentes expériences m’ont inspiré quelques pistes pour reprendre contact avec nos ressentis et les exprimer dans nos créations :

  • Tenir un journal pour y raconter notre quotidien, en essayant de mettre des mots sur nos ressentis. Cet exercice permet de comprendre ce que nous vivons et de nous vider la tête par la même occasion. On peut aussi tenir un journal graphique d’émotions : il s’agit de laisser le mouvement sortir tout seul, sans filtre. Par exemple : un gros gribouillage noir et rouge pour la colère, une délicate arabesque de sérénité, un joli kaléidoscope de couleurs vives pour la joie, une grosse tache confuse…
  • Se balader dans la nature ou faire du jardinage pour se reconnecter à la terre. Redécouvrir les plantes, les insectes, les animaux, le cours des saisons, l’herbe et la terre sous nos pieds, les chants d’oiseaux, le frôlement du vent dans les feuilles des arbres, les odeurs (humus, résine, fleurs), etc. La nature est un réservoir inépuisable de sensations, de curiosité… et d’inspiration !
  • Danser et chanter, même n’importe comment, juste pour le plaisir, sur une musique qui correspond à notre humeur (mélancolique, sexy, révoltée, épique, etc.) ou qui, au contraire, est à l’opposé de notre état d’esprit (dynamisante et joyeuse en cas de gros coup de mou, relaxante en cas de pic de stress, etc.).
  • Régulièrement dans la journée, faire une petite pause et se demander : qu’est-ce que je ressens ? Comment est mon corps (tendu, décontracté, lourd, léger, etc.) ?
  • Faire des rapprochements d’idées, des métaphores et des comparaisons. Exemples : ce gâteau sent comme… C’était lisse (ou rugueux) comme… Ce bleu ressemble à… En entendant/voyant/respirant/touchant cela, je me sentais comme… Cela m’a rappelé tel souvenir, tel moment… Dans mon corps, je me sens comme si…
  • Se détendre avant de commencer à créer : une séance de méditation, de la relaxation, des échauffements, une bonne rigolade, une tasse de thé… Trouver ce qui nous met dans de bonnes conditions pour recevoir tranquillement le flux d’inspiration dont nous avons besoin.
  • Apprendre à être bienveillant avec soi-même : s’encourager, se respecter et s’accepter – même si on a des difficultés à ressentir et/ou à créer…

Sur ce, je vais vérifier où j’en suis émotionnellement 😉 Et durant ma prochaine séance de thérapie, je les laisserai peut-être couler, ces satanées larmes !

Êtes-vous ami(e) avec vos sensations et vos émotions ? Parvenez-vous à les exprimer dans vos créations, vos œuvres ?