Du spirituel dans l’art, et dans la création en général

Photo by Josh Boot - Une étincelle spirituelle dans l'art

Je me permets de détourner la célèbre formule de Kandinsky afin d’introduire mon article, même si je ne sais pas trop où va me mener ce sujet… Vous avez déjà admiré, j’en suis sûre, des œuvres si magnifiques qu’elles vous donnent envie de pleurer ou de vous les procurer sur-le-champ pour pouvoir les contempler chaque jour. Des œuvres qui semblent « habitées » et qui vous attirent sans que vous sachiez exactement pourquoi. À quoi cela tient-il ?

Ce que l’on met de soi dans ses œuvres

Selon moi, les œuvres les plus réussies reflètent l’âme de leur créateur/créatrice, aussi farfelu que cela puisse sonner aux oreilles de certaines personnes très matérialistes et cartésiennes. En effet, pour créer, nous devons mobiliser bien plus que notre savoir-faire, nous devons puiser au plus profond de notre être !

D’une manière générale, quand je crée quelque chose, j’y mets mon cœur. Parfois mes tripes (beurk), comme dans certains de mes articles. Parfois aussi mes larmes, ma sueur et même mon sang (ceci à cause de certaines épingles particulièrement vicieuses qui m’agressent quand je fais de la couture)(n’allez pas croire que je me violente volontairement). Mais est-ce que je dépose mon âme dans mes créations ? Ce petit plus, cette flamme, ce souffle, est-il présent dans ce que je fais ?

Je ne sais pas.

Difficile de juger soi-même sa production. C’est au destinataire de juger s’il est ému, transporté ou touché par ce que l’artiste ou le créateur réalise. C’est le public qui décide si le feu d’une œuvre brille par sa présence ou par son absence.

J’aimerais bien trouver une formule imparable pour insuffler ce supplément d’âme dans mes créations. Mais en réalité, il n’y a pas de secret. L’âme y est ou n’y est pas. Impossible de la contrefaire, de la forcer ou de la simuler.

Ce qui éteint l’étincelle

S’il n’y a pas de méthode magique pour introduire du spirituel dans l’art et dans la création, il existe tout de même quelques écueils qui, à mon avis, peuvent empêcher le feu de prendre :

  • Tout intellectualiser et tout passer au crible de la raison. J’ai déjà évoqué à quel point il est fondamental de s’émerveiller et de se reconnecter à son ressenti pour mieux créer. Un robot ou une machine peuvent fabriquer de jolies choses. Un être humain éveillé et inspiré peut, lui, concevoir des œuvres transcendantes et sublimes.
  • Répéter toujours la même formule « qui a fait ses preuves », au risque de perdre toute originalité. Par exemple, ces auteurs américains qui écrivent méthodiquement, suivent toujours le même schéma et adoptent un style factuel ennuyeux à mourir. Vous voyez de qui je parle ? Il y en a plein les librairies. Eh bien, selon moi, ces livres manquent cruellement d’âme.
  • À l’inverse, chercher à tout prix à être original, choquant, brillant, conceptuel, etc. À trop vouloir se distinguer et sortir du lot, on perd parfois en authenticité, sauf bien sûr si on est naturellement excentrique (ou brillant).
  • N’être motivé que par l’argent… et vendre son âme au diable. Il n’y a rien de mal à vouloir vivre de son talent, mais on peut malheureusement se perdre dans le processus. Créer « ce qui se vend », faire des compromis avec notre sensibilité, rationaliser notre production pour coller au marché, prostituer notre talent… C’est destructeur à plus ou moins long terme.
  • Créer mécaniquement, sans passion et sans vision. Aimer ce qu’on fait, travailler avec joie et avec soin, c’est la base ! Trouver du sens à notre travail, c’est encore mieux, même s’il n’est pas toujours évident de définir ce que nous cherchons à transmettre à travers lui.
  • Prendre les spectateurs/auditeurs/lecteurs/clients pour des cons. Respirer la fausseté et critiquer (officieusement, bien sûr) les personnes qui nous font confiance… ce n’est pas très spirituel (ni très honnête) !
  • Mal choisir nos matériaux, soit parce qu’ils sont de mauvaise qualité, soit parce qu’ils ne nous inspirent pas vraiment. J’ai remarqué que si je n’entre pas en résonance avec les tissus, fils, peintures, papiers, perles, etc. que je manipule, je n’aurai pas envie de les travailler ni de réaliser de belles choses avec. C’est un ressenti personnel, mais je crois que cela peut jouer dans le résultat final…

Comme vous le voyez, pas besoin de faire du yoga, des neuvaines à la Vierge ou des prosternations, ni de brûler de l’encens en tournant sept fois autour de votre chevalet/ordinateur/établi/machine à coudre. C’est bien plus simple, et bien plus compliqué, que ça 😉

P.-S. : ça marche aussi dans l’autre sens : on peut introduire de l’art dans le spirituel ! Ce domaine n’est pas obligatoirement austère et monacal… Alors, un peu d’âme, messieurs-dames ?

Et vous, que mettez-vous dans vos créations/œuvres ?